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TIFF 2013: Des films prometteurs toujours sans distributeur

Nul besoin d’entonner le même refrain que tous les journalistes cinéma du monde entier: oui, Toronto vibre, carbure, se régale, s’injecte un solide « fix » cinématographique jusqu’à dimanche prochain, et les entourages de Brad Pitt, de Kate Winslet, de Daniel Radcliffe & Co. sont tous complices en alimentant la folie des tapis rouges barricadés et des apparitions publiques « spontanées ». Right…

Quelques constatations en vrac tirées de nos deux premiers jours à Toronto:
- La presse anglo-saxonne n'en revient toujours pas des scènes de sexe lesbien torrides entre deux jeunes lycéennes dans le film La Vie d’Adèle – Chapitres 1 &2, récipiendaire de la Palme d’Or à Cannes;

- Les choses se précisent à l’approche de la saison des prix, et les distributeurs positionnent avantageusement leurs grosses pointures étiquetées d’« Oscar bait »: Twelve Years A Slave de Steve McQueen, Gravity d’Alfonso Cuarón, August: Osage County de John Wells et The Dallas Buyers Club de notre Jean-Marc Vallée, pour n’en nommer que quelques-unes;

- Le TIFF n’est toujours pas en mesure de lancer son festival avec un film qui a de l’allure (l’exception à la règle : Looper l’an dernier). Beaucoup plus émouvant que The Fifth Estate, biopic banal et sans saveur de Bill Condon (Gods and Monsters, Kinsey) à propos du fondateur de WikiLeaks, fut l’hommage que les organisateurs du festival ont réservé au défunt critique de cinéma Roger Ebert à la soirée d’ouverture. Une plaque commémorative a été apposée sur un siège du TIFF Bell Lightbox Cinema One, en l’honneur de celui qui soutenait ardemment le festival de la Ville-Reine depuis sa deuxième édition.

Quant à l’impressionnante présence québécoise au TIFF cette année (on vous assure qu’il ne s’agit pas ici d’un élan patriotique quelconque), on s’en reparle en détails la semaine prochaine. Pour l’instant, penchons-nous sur des films prometteurs qui ne monopolisent pourtant pas l’attention médiatique à Toronto, pour la très simple raison qu’ils n’ont pas (encore) la redoutable machine marketing d'un distributeur américain à leurs côtés. Souhaitons à ces titres de ne pas repartir du TIFF bredouille, afin qu’on puisse les découvrir rapidement sur grand écran. 

 

1. Palo Alto 
de Gia Coppola


« It’s a family thing », comme dit l’autre. Suivant dans les traces de son grand-père Francis Ford et de sa tante Sofia, la jeune Gia Coppola nous livre son premier long métrage, adapté du recueil de nouvelles éponyme de James Franco, créateur brouillon et chouchou invétéré de la scène brooklynoise artsy-fartsy. Ayant assisté à la première hier soir, je vous confirme qu'il s'agit d'un départ déterminant pour cette talentueuse réalisatrice de vingt-six ans. Une série de vignettes à la fois drôles, touchantes et troublantes dépeignant les maladresses, la rage intérieure et toute la gamme de sensations fortes propres à l’adolescence, Palo Alto fait égalament preuve d’une beauté lyrique et d’une trame sonore romantique qui ne sont pas sans rappeler les œuvres empreintes de sensibilité de sa matante... To be continued!


2. Under The Skin
de Jonathan Glazer


Un étrange road movie de science-fiction du réalisateur Jonathan Glazer (Sexy Beast) dans lequel Scarlett Johansson prête ses traits à une prédatrice sexuelle extraterrestre arpentant des quartiers écossais en quête de nouvelles victimes pour la rassasier? Sign us up, stat! Cette œuvre inclassable a divisé la critique à Venise, mais ceux qui souscrivent à cet hybride atypique d’horreur et de thriller (j'en fais partie), dans lequel des jeunes dudes libidineux scellent leur sort à la rencontre d’une effrayante mais mystérieuse femme fatale, vous en parleront en termes fort élogieux. 

3. Manakamana
de Stephanie Spray et Pacho Velez

MANAKAMANA - A new film from the Sensory Ethnography Lab from Sensory Ethnography Lab on Vimeo.
Pour les cinéphiles plus audacieux, qui aiment s’aventurer en zones grises tout en s’armant de patience afin de laisser au(x) cinéaste(s) le loisir de déployer leur arsenal d’éléments minimalistes, Manakamana s'avère un incontournable de 2013. Le plus récent projet de l’équipe du Sensory Ethnography Lab de Harvard (nous ayant livré le magistral Leviathan) se compose d’une douzaine de plans-séquences statiques d'environ 10 minutes, dans lesquels nous découvrons un mélange hétéroclite de voyageurs à bord d’un tramway faisant l’aller-retour entre le temple népalais Manakamana et le village au bas de la montagne. Une expérience cinématographique complètement déstabilisante, qui porte à la méditation, bien sûr, mais qui surprend aussi de par son humour, son rythme soutenu et l’effet cumulatif de l’expérience.

Festival international du film de Toronto
Du 5 au 15 septembre | tiff.net