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Critique de «The Butler» : retour sur les luttes pas si lointaines de la communauté noire aux États-Unis

Un quasi-siècle de l'histoire américaine nous est raconté dans The Butler, le dernier film de Lee Daniels (Precious, The Paperboy). Son scénariste Danny Strong (The Hunger Games: Mockingjay), aurait puisé sa fiction dans la vie d'un certain Eugene Allen, majordome de huit présidents entre les années 1950 et 1980. On se dit que le film est correct, sans plus, et qu'il aurait gagné à moins appuyer toutes les scènes (littéralement) par de la musique pour nous faire ressentir des émotions que l'on ressent déjà…  

L'histoire commence au milieu des années 1920 dans les champs de coton : le jeune Cecil Gaines (qui sera interprété adulte par Forest Whitaker), travailleur-esclave, voit son père se faire tuer sous ses yeux après que sa mère (Mariah Carey, qu'on ne voit pas longtemps et qui est moins convaincante que dans Precious) se soit fait abusée dans un cabanon par un de leurs maîtres. Il grandira dans la même maison, élevé à devenir un serviteur exemplaire.

Il quittera rendu à un âge plus adulte et ses multiples péripéties le conduiront au poste de majordome au sein de la Maison Blanche (entouré de Cuba Gooding Jr et de Lenny Kravitz). Il verra passer devant lui Eisenhower (Robin Williams), un jeune vice-président Nixon (John Cusack) qui deviendra ce qu'on connait de lui et de son scandale du Watergate, le très relax John F. Kennedy (James Marsden), le vulgaire Johnson (Liev Schreiber) qui tient des caucus autour du bol de toilette, Reagan accompagné de sa femme Nancy (Alan Rickman et Jane Fonda en copie conforme).

En parallèle, on vit le quotidien de la famille Gaines avec une mère de famille qui se sent parfois délaissée par le surplus de travail de son mari (une Oprah qui nous montre qu'elle sait jouer et qui excelle à fumer des cigarettes en nous parlant de bouffe), un jeune fils qui décidera d'aller se battre au Vietnam, mais surtout le plus vieux des deux, Louis (David Oyelowo), qui dès son jeune âge aura la flamme revendicatrice qui lui donnera la force de s'élever contre une société arriérée, qui s'acharne à creuser un fossé entre Blancs et Noirs. On passe du tragique évènement du «Freedom Bus» brûlé par des membres du KKK, aux espoirs amenés par Martin Luther King Jr, à la révolte de Malcom X, à la naissance du mouvement des Black Panthers, à l’élection de Barack Obama.

Le propos est élaboré pour montrer le lien qui unit chaque Américain noir qui s'est rebellé contre l'autorité pour faire des États-Unis un monde meilleur, que ce soit en militant dans la rue ou en travaillant au service des présidents à la Maison Blanche. Mais dans sa forme, le film perd des points. Il ne surprend en rien. On applique la formule traditionnelle et on documente à l’aide d’extraits vidéo de l'époque. Le film demeure classique et se fond un peu dans la masse des biopics traditionnels pompeux. Le montage se fait assez discret, les plans pas trop courts, pas trop longs, la photo souligne bien les couleurs, mais le tout manque de personnalité. Les performances d'acteurs, par contre, ne déçoivent pas.

Le résultat final donne un film qui se fait un devoir de mémoire par rapport aux luttes de la communauté noire avant et après la ségrégation raciale aux États-Unis. On reconnait que ce n'est pas un film majeur, mais le propos est là et il reste intéressant.

The Butler
En salles dès le 16 août