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Robert Morin nous parle des 4 Soldats, son conte sur l’amitié, et de son approche conceptuelle au cinéma

10h30, 4e étage du Centre Phi, Robert Morin (Quiconque meurt, meurt à douleur, Yes Sir! Madame…, Le nèg’)  nous attend pour parler de ses 4 soldats, deuxième adaptation pour le cinéaste (son film La Réception, est une adaptation libre des 10 petits nègres d’Agatha Christie), tiré du livre du même nom, écrit par Hubert Mingarelli. Rencontre avec un homme fort sympathique qui avoue être un peu victime de son hangover en ce mardi matin.

Que s’est-il passé quand t’as lu le livre? C’était un coup de foudre. J’ai perdu pas mal d’amis ces dernières années. Quand j’ai lu le livre, ça m’a donné un espèce de coup de nostalgie, que j’ai voulu reproduire. C’est une des plus belles choses que j’ai lue sur l’amitié. Ça n’explique pas l’amitié, mais ça la présente. C’est de l’amitié étendue jusqu’à la famille. Ce sont des amis qui sont plus que des amis, ça devient une vraie famille : l’image du père, l’image de la mère, l’ado, le jeune. Ça m’a touché alors je me suis dit : ‘‘let’s go, je vais essayer de l’adapter’’. J’ai « québécoilisé » la chose et j’en ai rajouté parce que je voulais que le personnage nous guide plus. Dans le roman, Bénia, c’est lui qui nous parle tout le long. On ne pouvait pas avoir cet effet-là en film. Il y a des pans du roman que j’ai été obligé de laisser tomber. On s’est dit qu’on allait garder l’esprit du roman, c’est-à-dire la naissance d’un artiste, quelqu’un qui est à sa première œuvre, qui a pas tout le temps le mot juste, mais qui reste très sincère, par ailleurs.

Hubert Mingarelli a vu le film? Ç’a l’air qu’il a aimé ça. On ne s’est pas reparlé, mais j’ai hâte d’avoir ses commentaires. J’ai eu des échos des Éditions du Seuil pour me dire qu’il avait beaucoup aimé. Je suis content. C’est massacré comme adaptation, mais peut-être dans le bon sens.


Robert Morin sur le plateau du film Les 4 Soldats

C’était important pour toi d’ancrer l’histoire dans une société québécoise ou c’était juste logique étant donné que t’es québécois? J’ai fait deux versions du scénario avant celle-là. J’ai fait une version qui se passait en Afghanistan. J’étais plus ou moins content parce que de toute façon dans l’armée, ça ne se peut pas des illettrés. Ensuite, j’ai retransposé ça en Afrique avec des enfants soldats. Là, ça marchait mieux, mais c’était plus compliqué s’en aller là. Et à un moment donné, j’ai eu l’idée de faire un conte. Je fais du cinéma conceptuel et chaque film est un concept différent. Dans un conte, le lieu physique, l’époque, ne sont jamais précisés par les conteurs; c’est flou. Un conte s’est bâti pour donner une leçon de vie. C’est l’histoire d’un personnage qui est rendu là dans sa vie… et ça répond pas à ta question, je suis passé à côté…

Mais non, dans le lieu, la guerre n’a pas encore existé, c’est une guerre civile, c’est au Québec que c’est tourné, mais en réalité, si les personnages avaient parlé anglais, on aurait pu dire que c’était aux États-Unis. Des cours à scrap, il y en a en France aussi. Ce n’est pas le Québec comme tel. Même la guerre, je ne voulais pas trop m’étendre là-dessus. Dans la dernière version du scénario, je rentrais plus dans les détails de la cause du conflit et tout, mais à un moment donné, ce n’est pas un film sur la guerre, la guerre sert à créer cette amitié-là. Elle est nécessaire, mais pourquoi se battre et les enjeux de la guerre ne m’intéressaient pas. Je les ai éliminés pendant le tournage. Je me suis dit : ‘‘on ne s’en va pas là’’.

Pourrais-tu nous parler des films qui t’ont le plus marqué? J’ai toujours eu un faible pour le cinéma allemand. Le muet évidemment, l’époque Herzog, Fassbinder. Dernièrement, j’ai repogné M le maudit de Fritz Lang, mais je ne suis pas un amateur de cinéma tant que ça. Je viens de la peinture. Je suis tombé dans le cinéma par la photographie. Dans mon plan de match, je ne pensais pas faire des films plus jeune. J’ai fait mon premier film à 30 ans. Je peux dire que dans les dernières années, j’ai beaucoup aimé les films de Carlos Reygadas (Japón, Stellet Licht), qui sont vraiment des films conceptuels. Aussi un Suédois, Ruben Östlund, qui a fait Play et Involuntary. J’ai vu beaucoup de cinéma japonais, Shôhei Imamura, qui fait un cinéma assez étrange. Ces gens-là abordent le cinéma comme des peintres et ça fait des films qui sont plus questionnables, qui te restent dans la tête, parce qu’y ne sont pas tournés dans le moule plus standardisé du cinéma. Je trouve qu’il y a de plus en plus de belles histoires au cinéma, mais de moins en moins de films où la plasticité du film lui-même est questionnable.
 

Les 4 Soldats
En salles à compter du 16 août | 4soldats-lefilm.com