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Critique du film Les amants passagers: ¿Por qué, Pedro?

D’entrée de jeu, difficile de trouver un cinéphile plus conquis que moi en terre almodovarienne. Autant par ses comédies loufoques que ses thrillers psychologiques ou ses drames familiaux, l’artiste madrilène m’a toujours épaté en réinventant les codes du mélodrame avec de savantes mises en abyme, un univers peuplé de marginaux, une direction artistique exubérante et des intrigues complexes qui rendent hommage au cinéma de sa jeunesse.

Si je vous raconte cette palpitante tranche de vie, c’est que mon incompréhension fut plus que totale lors du visionnement de Los amantes pasajeros, le dix-neuvième film de Pedro Almodóvar, qu’on décrit comme un retour à ses comédies plus déjantées de début de carrière (Pepi, Luci, Bom ou encore Le labyrinthe des passions). Pour ma part, je dirais plutôt: farce terne et pompeuse, faussement racoleuse, bourrée de clichés convenus, qui se veut une Grande Allégorie sur l’actuelle crise économique espagnole.

Pourtant, on voulait bien accorder au réalisateur cet intermède de pur plaisir kitsch après vingt ans de drames complexes aux revirements multiples. Un avion de Madrid en route vers Mexico avec un train d’atterrissage endommagé tourne en rond au-dessus de Tolède en attendant d'atterrir en urgence. On passe donc une heure et demie dans ce simili huis-clos, dans lequel les passagers de la classe économique ont été drogués pour éviter la panique à bord, et où se côtoient des personnages de la classe affaire tous plus invraisemblables les uns que les autres: une dominatrice sexuelle, une voyante en chaleur, un tueur à gages, un homme d’affaires louche, etc. Ces derniers profitent de ce moment fatidique pour déballer leurs plus grands secrets et donner libre cours à leurs pulsions sexuelles les plus sauvages.

Dans Les amants passagers, tous les membres de l’équipage sont de grandes folles qui gèrent leur anxiété à propos d’un éventuel crash à grandes gorgées de Téquila, de mescaline et d’histoires de baise torride, tandis que le commandant de bord (bisexuel) et son copilote revivent pour leur part un véritable éveil sexuel. Le potentiel d’en faire une farce tordante était bien là, mais Almodóvar semble complètement dépassé par une mise en scène sans rythme et un scénario qui tourne en rond, un peu à l’image de l’avion du film. On ne comptera plus les ruptures de ton ou les blagues de drogue et de sexe convenues et sans éclat. 

Vraiment dommage que sous couvert de l’autodérision et d’un constat (qui sonne faux) sur la crise économique secouant l’Espagne, Almodóvar gaspille un casting en or composé de ses visages fétiches – Javier Cámara en agent de bord débauché, Cecilia Roth en escorte/dominatrice pour le Fortune 500, Lola Dueñas en voyante vierge, et Penélope Cruz et Antonio Banderas dans des rôles trop mineurs pour s’y attarder. Ces pauvres font de leur mieux avec un scénario creux qui ne mène nulle part. Et que dire de cette chorégraphie pseudo-débridée de trois agents de bord sur «I’m So Excited» des Pointer Sisters, qu’on devinait déjà dans la bande annonce du film? Un numéro caricatural et dépassé qui aurait peut-être suscité quelques rires dans les années 1980, mais qui s’avère aujourd’hui bien pépère. Tout comme le film, d’ailleurs. ¿Pedro, qué pasó?

Les amants passagers
En salles dès le 19 juillet