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Le chant des ondes: un crash course fascinant sur les ondes Martenot, cet instrument électronique méconnu

Les ondes Martenot, ça vous dit de quoi? Plusieurs confondent l’instrument avec le thérémin. D’autres le considèrent comme précurseur de la grande famille des synthés. Cet instrument méconnu, composé d’un clavier, d’un tiroir avec différents timbres, d’un ruban et de haut-parleurs modifiés, transforme les ondes radioélectriques en une gamme surprenante de sonorités. La réalisatrice Caroline Martel se penche sur cet instrument mystérieux dans une œuvre sensorielle tout en modulation: Le chant des ondes: Sur la piste de Maurice Martenot.

Entre le Québec et la France, Martel s’entretient avec plusieurs sommités du milieu et dépoussière un tas d’archives fascinantes à propos de cet instrument électronique d’abord dévoilé à l’Opéra de Paris en 1928, mais dont l’histoire remonte à la Première Guerre Mondiale. Ce superbe documentaire retrace le parcours des ondes Martenot avec l’aide de plusieurs passionnés du sujet: des luthiers, des scientifiques, des historiens, le fils de l’inventeur et même la « Jimi Hendrix des Ondes », soit Suzanne Binet-Audet. Après une première internationale à Rotterdam en janvier, Martel est de retour à Montréal pour nous donner un crash course sur ce « stradivarius de l’ère électronique ». Leçon 1: les ondes Martenot n’est pas qu’un simple instrument, mais bien toute une philosophie. La suite en cinq points saillants.



 

1. Le milieu Martenot compte pour l’instant peut-être trop de têtes blanches.
«  J’aurais peut-être aimé avoir un peu plus de jeunes ondistes dans mon film, nous dit Martel, mais il n’y en a pas tant que ça. Les gens qui détiennent les clés de cet instrument sont plus âgés. »

2. Jonny Greenwood de Radiohead a beaucoup fait rayonner l’instrument dans la dernière décennie.
« Il est extrêmement juste, ce gars-là: à la fois de façon sensible et intellectuel, dit Martel à propos du célèbre guitariste et claviériste de Radiohead, qu’elle a rencontré pour discuter ondes Martenot. Son rapport à la musique est très intègre aussi, très profond. Les gens trouvent que Greenwood a fait beaucoup plus en 10 ans que Martenot, le compositeur Olivier Messiaen et Jeanne Loriot (une grande virtuose qui a enseigné les ondes au conservatoire) à trois ont fait en 50 ans. C’est une figure porteuse pour cet instrument. »


Jonny Greenwood (Radiohead) et Caroline Martel (Crédit: Kloé Rahilly)

2. Il y a un renouvèlement de la lutherie.
« Beaucoup d’institutions françaises dans les années 70 disaient: ''ah, c’est ringard, les ondes Martenot, il y a des synthés!'' Ils ont un peu mis ça de côté, c’est resté un petit milieu. Quand j’ai commencé le projet il y avait 6 ans, il n'y avait rien. Mais au cours des derniers 2 ans, des gens tentant de reproduire l’interface de jeu de l’instrument à partir de bricolages électroniques sont apparus. Si tu regardes sur YouTube, il y en a plein. Ils ont même fait une application iPad, je crois, où tu peux jouer aux ondes Martenot. Le son est «cacanne», c’est cul-cul, mais ça révèle que cette quête se multiplie. »

4. Édith Piaf, Beau Dommage, Depeche Mode, Gorillaz et Radiohead ont tous utilisé l’instrument énigmatique, mais son apport au cinéma demeure toujours inexploité.
« L’instrument a souvent été célébré pour son utilisation dans la musique contemporaine, mais c’est aussi cela qui a fait en sorte que c’est resté dans une sorte de chapelle associée à un répertoire très particulier alors qu’il y a une grande possibilité d’ouverture, comme au cinéma – non seulement comme trame sonore, mais comme effets musicaux et sonores. Pour moi, le rendez-vous entre le cinéma et les ondes Martenot reste encore à faire. »

5. Le film fait partie de la vague remontante d’intérêt pour l’instrument.
« On a voulu faire un beau film, c’est sûr, mais aussi de participer à un souffle de l’histoire de cet instrument. J’y crois beaucoup parce que c’est un instrument qui n’a jamais été dépassé. Au contraire, on est en train de redécouvrir son expressivité. Il n’y a pas un seul instrument électronique de musique qui permet d’être aussi sensible. C’est un instrument traditionnel, mais qui utilise de l’électricité. Les synthés, ce sont des ''switchs on and off'', comme le dit Johnny, donc ça ne se compare pas vraiment. »

Le chant des ondes | À l’affiche au Cinéma Excentris jusqu'au 28 mars | cinemaexcentris.com 
Des artisans du film seront présents pour échanger avec le public après certaines projections:
Samedi 23 mars à
 20h45: 
Suzanne Binet-Audet (ondiste et collaboratrice à la trame sonore) + Caroline Martel


Jeudi 28 mars 
à 15h15: Geneviève Grenier (ondiste) + Caroline Martel