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Sylvain Raymond plonge tête première dans une piscine de littérature audacieuse avec Les Éditions Y

Il y a deux ans, il définissait en mode autobiographique le Yupster, cet animal urbain désabusé et ironique qui consomme à outrance pour combler le vide de son existence post-moderne. Mais définir une génération ne lui suffisait pas – Sylvain Raymond lançait le mois dernier Les Éditions Y, une maison sans but lucratif dont la mission est de diffuser des voix originales et controversées. La première parution est évidemment de son cru, et il donne cette fois-ci dans le polar à saveur italienne. Raymond nous parle de ses projets et de sa vision du domaine de l’édition contemporaine.

On nous annonce à gros titres la mort du livre. Dans ce contexte, pourquoi lancer une maison d'édition?
On annonce toujours la mort de quelque chose lorsqu’une nouvelle technologie émerge. Mais c’est le processus qui meurt, pas le support. Les petites maisons d’édition prennent pignon sur rue et deviennent leur propre distributeur. J’ai passé une bonne partie de ma vie à débroussailler le terrain pour que le court métrage de genre obtienne ses lettres de noblesse au Québec. Avec l’équipe de SPASM, nous avons trouvé le moyen de faire évoluer le dispositif créatif à l’extérieur des réseaux traditionnels, comme Kino avait pu également le faire avant nous. C’est un peu la même chose qui m’anime avec ce nouveau défi. Je crois que c’est possible de développer un créneau alternatif d’édition en marge de ce qui se fait de manière plus traditionnelle. Ce n’est pas le livre qui se meurt, mais peut-être davantage le milieu traditionnel et son processus un peu vieillot.

SARA(H)BANDE est un polar inspiré des gialli italiens. Crois-tu qu'il y a un marché pour la littérature de genre au Québec?
Je crois que le rapprochement que fait le giallo entre l’érotisme et la violence a toutes les caractéristiques pour plaire. C’est très contemporain comme expérience littéraire. L’insoutenable nécessité d’observer deux protagonistes qui assouvissent leurs besoins profonds dans un élan de violence passionnelle, c’est comparable à regarder sa pornographie du mardi soir sur PornHub! L’hypersexualisation nous habite tous et le giallo se veut donc une expression qui me semble se prêter parfaitement à notre nouvelle manière de consommer instantanément nos désirs face à une violence charnelle de plus en plus présente.

Qui sont tes héros littéraires, ou qu'est-ce qui te branche ces temps-ci?
Pour être honnête, je lis surtout des images. C’est Roland Barthes qui disait que tout est texte. Pour moi, le plus grand véhicule de sens à notre époque demeure les images. C’est ce qui motive mon écriture. J’aime que les lecteurs voient des images avant tout. Je m’efforce donc de traduire le plus rapidement (et le plus efficacement) possible le code qui (re)construit une image forte en un mot, une phrase, un paragraphe tout aussi fort. Sinon, Chuck Palahniuk, Chuck Klusterman et Bret Easton Ellis demeurent des influences certaines, peu importe le genre que j’aborde.


Lancement du roman Sara(h)bande // Crédit: Pascal Dumont, Les Éditions Y

Les Éditions Y sont « à but non lucratif ». Est-ce que c'est selon toi un modèle viable?
L’essentiel, c’est que je souhaite mettre la rentabilité de l’auteur avant tout. L’important pour moi est de publier du contenu de qualité qui sort de l’ordinaire et qui ne trouve possiblement pas sa niche au sein du milieu de l’édition plus traditionnel. Je veux avoir la liberté de trouver le bon support ainsi que le bon créneau de diffusion. Or, tout ceci n’est pas possible sans l’auteur. Je veux qu’ils se sentent appréciés à leur juste valeur dans toute cette aventure. Pour le reste, on verra bien si la formule tient la route à moyen/long terme!

Que prévois-tu publier dans les prochains mois?
Ce n’est pas une question de temps pour moi. Je ne veux pas me donner le fardeau de devoir publier un nombre précis de titres par année. Je préfère plutôt m’imposer un seuil de qualité, et non un seuil de quantité. Dans les prochains mois, j’espère surtout recevoir un grand nombre de manuscrits et/ou de propositions de toutes sortes sur la page Facebook des Éditions Y. Je veux vous lire, c’est ce qui compte!

As-tu déjà commencé à songer à ce que serait ton prochain projet?
C’est certain que j’ai déjà quelques histoires en tête. Même si j’ai bien hâte de raconter la deuxième aventure de mon Lieutenant Lajeunesse (personnage principal de Sara(h)bande), je crois que mon prochain roman marquera le retour de mon autre personnage fétiche: Sylvain Raymond! Le temps a passé depuis Yupster et l’entourage montréalais a changé. Le resto, c’est le nouveau bar; les filles sont enceintes; on devient propriétaire; mais on est toujours aussi désabusé de toutes ces mascarades perfides et relativement vides de sens. J’ai bien hâte de replonger mon personnage Sylvain Raymond dans cet univers, je crois qu’il en a long à raconter…

Sara(h)bande est disponible sur ruedeslibraires.com, à la Librairie Monet ainsi que sur sarahbande.com