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La chorégraphe Karine Denault nous présente Pleasure Dome, un ménage à six de danse et de musique live!

La dernière présence de Karine Denault sur les scènes montréalaises remonte à 2009, alors que la chorégraphe et interprète avait présenté au OFFTA le duo Not I & Others avec le musicien et performeur sonore Alexandre St-Onge. Depuis, Karine Denault a été occupée à mille et un projets parallèles: avec sa maison d’édition Le Quartanier, et, depuis 2010, en tant que conseillère artistique pour le FTA. Elle a même participé au tournage du vidéoclip Sprawl II d’Arcade Fire en compagnie de sa complice de longue date, la chorégraphe et interprète Dana Gingras.

Il semble que cette pause ait été bénéfique pour la créatrice: «Ça m’a fait du bien et c’était important pour moi de me concentrer sur d’autres projets, de prendre du recul par rapport à la création. J’ai joué des rôles très différents dans différents milieux, que ce soit en arts visuels, littérature, théâtre... Depuis quelques années, j’aime aborder la danse en y associant d’autres disciplines et artistes. Pleasure Dome est vraiment dans la lignée directe de cette idée.»

Ce nouveau projet s’est d’abord construit dans le désir de renouer avec Alexandre St-Onge. Denault lui propose donc de participer à la création avec son projet électro K.A.N.T.N.A.G.A.N.O. (avec Jonathan Parent et Alexander Wilson). À ce trio s’ajoutent la chorégraphe elle-même, ainsi que Dana Gingras, avec qui Danault travaille étroitement depuis plusieurs années, que ce soit sur les projets de l’une ou de l’autre (Gingras, qui demeure désormais à Montréal, a fondé la compagnie de danse vancouvéroise The Holy Body Tattoo). K.G. Guttman, artiste touchant à la fois à la danse, à la performance et aux arts visuels, complète ce ménage à six.

C’est ainsi que danse et musique live cohabitent au cœur de ce dôme du plaisir: «C’est vraiment un contexte de création très collaboratif, précise Denault. Nous avons beaucoup discuté avant de commencer quoi que ce soit, pour apprendre à nous connaître, partager des références et créer une énergie dans le groupe. Puis, nous avons improvisé à six. Et même si les gars sont des musiciens, ils sont aussi assez physiques, ayant touché au théâtre et à la performance. Ils ont été très généreux dans le processus de création et se sont prêtés au jeu du mouvement et de l’action.»

Encore mieux: que ces trois gars ne soient pas danseurs apporte une texture intéressante au mouvement, croit la chorégraphe. «Qu’on ait une formation de danseur, de sportif ou pas, on a chacun une manière de porter notre corps, d’être présent. C’est cette présence qui m’intéresse et que je veux explorer.»

 
(c) Yannick Grandmont

L’ivresse du plaisir
Pleasure Dome est né d’une volonté: faire un show sur le plaisir, sujet peu abordé en danse contemporaine, qui a plus l’habitude de la catharsis que de la légèreté. «Je voulais être dans autre chose que le drame cathartique, qui est assez loin de moi! J’avais aussi envie de partir d’une idée conceptuelle et de l’amener dans le corps, dans le mouvement, et d’en faire un objet poétique et ouvert.» La réflexion autour du plaisir s’est nourrie de plusieurs références empruntées au cinéma, à l’art visuel ou à la littérature. «Nous sommes entre autres partis d’une réflexion de Georges Bataille sur l’érotisme, que nous avons déplacée pour l’appliquer au plaisir. Il avance que, dans une situation de plaisir, le sujet cherche constamment à se perdre, à créer du déplacement, à être étourdi, déséquilibré.»

Ce vertige du plaisir, qui avale le réel pour en recracher du rêve, est au centre de l’esthétique de Pleasure Dome. «Nous sommes dans une logique du rêve, où les choses arrivent en dehors d’une logique qui s’exerce dans la réalité. Ce qui crée potentiellement le déséquilibre, l’évasion. L’effet que j’espère ainsi créer, c’est celui du temps suspendu, où on est en perte de repères. » Si plaisir et exaltation s’associent naturellement, la chorégraphe assure que Pleasure Dome ne fait pas seulement dans l’exubérance: «C’est une des directions, mais pas la seule. On va aussi dans quelque chose de plus minimal, sensible, tranquille, retenu.» 

Le titre de la pièce est inspiré d’un film d’avant-garde des années 50, The Inauguration of the Pleasure Dome, très «étrange et flyé». Pour Denault, le dôme renvoie «à cet espace qui est un peu à côté de la réalité, une zone à part, où il n’y aurait pas vraiment de règle, de chronologie, de loi.» C’est dans cet espace suspendu que les spectateurs seront conviés à «entrer», grâce à une disposition scénique tout en rondeur. «L’Agora devient le dôme! De cette façon, le public pourra se sentir inclus dans cet univers», espère la chorégraphe.


Pleasure Dome
Du 6 au 9 février
Agora de la Danse | 840, rue Cherrier | agoradanse.com