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La pièce Warwick s’interroge: peut-on se relever de la guerre en Afghanistan?

En Afghanistan, un camion des Forces armées canadiennes roule sur une bombe artisanale, un soldat meurt, l’autre devient paraplégique et retourne à Warwick, vivant à la charge de ses «vieux chums» avec qui les affinités ne sont plus aussi fortes qu’avant. Présentée à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier du 30 janvier au 16 février, Warwick est l’œuvre du comédien et auteur Jean-Philippe Baril-Guérard, qui nous a offert Baiseries au printemps 2010.

Doutant de vouloir devenir comédien alors qu’il étudiait en interprétation au Cégep de Saint-Hyacinthe, Jean-Philippe Baril-Guérard est aujourd’hui plus que jamais convaincu qu’il veut faire le métier, mais pas à n’importe quel prix. «Faire du théâtre juste parce que c’est l’fun, ça ne s’inscrit pas dans ce que j’ai le goût de faire. J’ai besoin d’apporter quelque chose d’utile à mes pièces. Quand je fais du théâtre, j’ai envie que mon travail s’inscrive dans une démarche intellectuelle avec une certaine portée sociale».


L'auteur de Warwick, Jean-Philippe Baril-Guérard (Crédit: Cindy Boyce)

Poussé par le désir de toucher les gens et de faire œuvre utile, le jeune acteur s’est inspiré de l’histoire de Frédéric Couture, un soldat canadien qui a perdu son pied après avoir pilé sur une mine en Afghanistan. Quelques mois après son retour au pays, Couture s’enlevait la vie. Un an plus tard, la mère du soldat apprenait en commission d’enquête que son fils avait tenté de se suicider sur le champ en voyant qu’il avait perdu son pied, incapable de vivre avec l’idée d’être handicapé. «J’avais envie de réfléchir sur le retour de la guerre et me questionner sur la machine militaire qui peut facilement dissimuler ou altérer l’information. Je me suis demandé jusqu’où on pouvait aller pour protéger quelqu’un et si le mensonge était justifié en certaines occasions».

Affirmant que le reportage de l’émission Enquête sur les dessous de l’affaire lui a fait une forte impression, Baril-Guérard explique avoir beaucoup lu sur la réalité de l’armée en Afghanistan, mais précise qu’il fait du théâtre documenté, et non du documentaire. «La pièce est une histoire 100 % fictive. Je me suis documenté sur le retour des soldats blessés, j’ai récolté quelques informations factuelles, j’ai rencontré un militaire, deux officiers d’affaires publiques et quelques familles, mais ça reste une fiction. Je pars toujours d’une nouvelle et je creuse le filon pour créer mes pièces».


Distribution de Warwick

Si le sujet peut sembler lourd et cérébral, l’auteur s’est assuré d’y inclure quelques soupçons de drôlerie et de légèreté. «Pour moi, commencer une pièce par l’humour, c’est la meilleure façon de toucher les spectateurs. Après qu’ils se soient attachés aux personnages, on les a de notre bord et on peut "faire" ce qu’on veut avec eux. En même temps, Warwick est définitivement moins drôle que tout ce que j’ai écrit avant. Je dirais que la tonalité de la pièce est plutôt pudique et mélancolique. On ne va pas dans le tragique ou dans les grands épanchements».

Habitué d’assurer la mise en scène de ses propres textes, Jean-Philippe Baril-Guérard a cette fois laissé les rênes de Warwick à Michel-Maxime Legault, lors de la création de la pièce à l’école de théâtre de Saint-Hyacinthe. «Je suis généralement très réaliste avec mes mises en scène, mais Michel-Maxime a su dégager un second degré que je n’avais pas écrit consciemment dans mon texte. Il suggère les lieux de façon onirique en utilisant le mouvement des comédiens. C’est intéressant et différent de ce que je fais en dirigeant mes projets».

Warwick
Jusqu’au 16 février
Théâtre Denise-Pelletier | Salle Fred-Barry | 4353, rue Sainte-Catherine Est