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Avec pas d'casque nous parle de son nouveau EP et du concert spécial qu'il donnera vendredi

Presque tous les artistes interviewés à la sortie d'un album déclarent vouloir enchaîner rapidement avec un autre album, ou encore un EP. Généralement, ça n'arrive pourtant pas avant deux ou trois ans, voire plus.

Qu'est-ce qui fait que c'est différent pour Avec pas d'casque? Dix mois après la parution de l'album Astronomie, mentionné dans plusieurs palmarès de fin d'année 2012 (incluant le nôtre) et couronné de deux Félix à l'ADISQ, le quatuor montréalais est déjà de retour avec un nouveau EP, Dommage que tu sois pris, à paraître ce mardi 5 février.

Ajoutez à cela le programme double auquel il prend part ce vendredi avec Philippe B à l'Église Saint-Jean Baptiste, lors duquel les deux artistes se produiront avec le Quatuor Molinari, et on croit y voir un plan pour battre un fer qui s'est sérieusement réchauffé en 2012.

Stéphane Lafleur, chanteur, guitariste et parolier du groupe, évoque un plan moins diabolique. «J'pense que ce qui fait que ça a été possible, c'est qu'on l'a "callé" quasiment trois mois d'avance», explique-t-il, à quelques jours des premières répétitions pour le concert.

«On a commencé à en parler au mois d'avril, mai, et on a "booké" des dates pour septembre peu de temps après. À partir du moment où c'est dans le calendrier et où tout le monde a "barré" sa semaine, c'est plus facile. C'est toujours ça qui complique les choses: faut que tout le monde soit disponible et le sache longtemps à l'avance.»

Consitué de chansons mises de côté pour Astronomie, dont la plupart ont été souvent jouées live depuis la sortie de l'album précédent, Dans la nature jusqu'au cou (2008), Dommage que tu sois pris a permis à Avec pas d'casque de mettre trois envies à l'essai: enregistrer live, enregistrer plus crûment et enregistrer sous la supervision d'un réalisateur, en l'occurrence Éric Villeneuve, bras droit de Bernard Adamus.

«Les chansons appellaient ça, aussi, signale Stéphane, satisfait de l'expérience (mais incertain à savoir si elle sera répétée). Astronomie, y'avait quand même une pensée dans le pacing, dans le choix des chansons. Là, c'était un peu un fourre-tout de ce qu'on avait en banque. Étrangement, y'a quand même une cohérence à travers tout ça…»

Cette cohérence étant bien sûr le son et le style d'écriture si caractéristiques d'Avec pas d'casque. Si une chanson comme Walkie Talkie est en continuité directe avec l'univers d'Astronomie (son auteur ne se souvient plus pourquoi elle a été mise de côté), des extraits comme Dommage que tu sois pris j'embrasse mieux que je parle et Joël fait dire sont de surprenantes balles courbes. La première voit Lafleur prendre la peau d'une femme pour écrire (quelque chose qu'il a refait depuis en écrivant pour Fanny Bloom, puis pour les Sœurs Boulay), tandis que la seconde est un hommage au batteur d'Avec pas d'casque, Joël Vaudreuil, avec qui «tout va toujours bien».

«C'est un exercice qui est toujours le fun à faire: se mettre dans une autre peau, jouer sur les points de vue, essayer de trouver des angles différents», comment Stéphane à propos de la pièce-titre. «Tout a été fait, alors il faut chercher le "2 degrés à côté".»

S'habiller, mais pas trop
Après l'ajout d'un quatrième membre au groupe et plusieurs concerts donnés avec des musiciens invités au cours de la dernière année, sans compter le concert "all dressed" de vendredi, le son plus échancré du EP renouvelle l'engagement d'Avec pas d'casque en faveur du minimalisme. Lafleur est formel: le groupe ne se transformera pas en Arcade Fire. «C'est le fun de faire ça de temps en temps, parce que ça nous provoque un peu, ça crée des choses et ça me surprend moi-même. Au FME, on a joué avec Simon Trottier, de Timber Timbre. On n'avait pas pratiqué tant que ça, donc, pendant le show, j'avais l'impression d'être spectateur, moi aussi. Je découvrais des affaires», précise Stéphane.

«C'est sûr qu'à Montréal, c'est tentant d'inviter des amis. Et quand on joue dans une grande salle, c'est tentant de chercher à habiller nos chansons davantage. Mais trop de monde, ça devient beaucoup de gestion, aussi. Je ne veux pas trop m'embarquer là-dedans.»

Stéphane l'admet: le EP arrive à point. Astronomie, les accolades qu'il a récoltées et les Félix qui ont suivi ont permis au groupe de sortir de l'obscurité. Il l'a réalisé lorsque les billets pour le concert du groupe à la Sala Rossa, en novembre dernier, se sont écoulés en moins de deux semaines «sans promo ni rien». «Quand t'es dans le band, tu ne réalises pas nécessairement tout ce qui se passe. T'as pas conscience du regard des autres, de l'engouement pour ce que tu fais. Tu vois que l'album se vend bien, t'entends des choses, mais tu ne réalises pas l'ampleur de la patente.»

«Ce qui me réjouit, c'est la réception qu'Astronomie a eu par rapport à la proposition, qui n'était pas difficile, mais qui n'était pas évidente non plus, commente-t-il. «C'est pas une gomme balloune. Faut que tu tendes l'oreille, que tu t'assoies et que tu l'écoutes. Nous, on était super contents de l'album, mais on ne s'attendait pas nécessairement à cette réception-là, qui continue encore, 10 mois plus tard. Faqu'on est un petit peu pris par surprise. Mais je suis agréablement surpris.»

Avec pas d'casque et Philippe B avec le Quatuor Molinari
8 février | Église St-Jean Baptiste
309, Rachel E.
avecpasdcasque.bandcamp.com