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Le Détesteur: aime cette jeune femme, sinon t'es méchant

Y'a d'ça deux semaines, je mettais en ligne un texte qui traitait d'un malaise que procurait la campagne de compassion pour la jeune Amélie Gougeon, atteinte d'une myopathie et dont le rêve (rendu réel), était d'obtenir 10 000 followers sur Twitter. Les éloges fusaient de partout. Plusieurs likes et shares sur Facebook, idem pour Twitter. Y'a pas à dire, c'est une de mes chroniques les plus efficaces de 2013, à date.

J'avais beau fouiller l'Internet de fond en comble, y'avait rien à faire, personne ne me ramassait. Je l'espérais pourtant.

Finalement, ce n'est que quelques jours plus tard que les feedback négatifs ont commencé à rentrer, sur la twittosphère, notamment. Comble de l'ironie, 90% d'entre eux provenaient de personnalités publiques. À commencer par Véronique Cloutier, pour qui ceux qui n'étaient pas d'avis que cette opération enfant-twitter relevait du domaine du bon goût, se voulaient systématiquement des crétins. (Voir ici) Vérification faite: la plupart de ces dits crétins, porteurs d'un tweet qui aurait pu froisser les bienveillants à mèche courte, avaient partagé ma chronique. Le lien est donc à faire, mon article était au coeur de tout ceci.

Une semaine plus tard, c'est Kim Lizotte qui en fait un billet de blogue sur Urbania dans lequel elle pose un regard sévère, mais ô combien émotif, à l'égard des gens qui, comme moi, n'avaient pas envie de contribuer à ce qui ressemble à un cirque. En fait, faut pas forcément être doté d'une hyper-clairvoyance pour s'apercevoir que mon nom y figure en filigrane. Je suis nommé sans l'être. Et grossièrement, ce texte, naïvement démagogique, écarte les détails les moins négligeables et met l'accent sur la cruauté des gens on ne peut trop huppés pour s'intéresser à la (fin de) vie d'une jeune femme en détresse, vissée à son lit. Qui souffre et aime discuter avec ses idoles. Comme si VRAIMENT il s'agissait de ça, tsé.

Sitôt en ligne, l'article est tweeté par son amie Véro Cloutier, et retweeté par une bunch de vedettes salement en accord avec celui-ci.

Ça m'agresse de voir toutes ces personnalités se backer entre elles et ne plus être en mesure de faire la distinction entre l'analyse critique et la hargne visant à blesser. Elles sont incapables de voir clair et de saisir les nuances. Comme si, dès qu'une personne semble susceptible de souffrir, face à la critique, le rationnel prenait le bord. J'ai toujours été incompatible avec ce type d'individu. Ceux qui en ressortent toujours gagnants, parce que le bien triomphe sur le mal, et selon leur statut «vénérable», qu'ils soient animateurs télé, intimidés, démunis, hospitalisés ou rescapés des décombres d'un édifice en feu, on leur fera toujours porter le drapeau de la bonté, parce qu'ils sont gentils, doux, victimes ou tellement courageux. Ou pire, conscients de leur pouvoir, ils profitent de cette faille, de ce flou collectif, pour que, qui importe fait entrave à leurs codes moraux, soit jugé abject et passe dans le camp adverse: celui des méchants. La ligne entre haine et amabilité est alors à ce point infime, que tout est déjà en place pour la victimisation. Résultat: ce sont toujours les mauvaises personnes qui passent pour les méchantes.

Le message préconisé par Véronique Cloutier et approuvé par ses acolytes ne pourrait être plus précis: si tu n'as pas l'intention de contribuer de façon bénéfique à ce success-story, ferme ta tabarnack de yeule. C'est ainsi que nos stars ont usé de leur notoriété pour balayer la critique en dessous du divan, en powertrip de maternage, se bouchant les oreilles, pour éviter d'entendre qu'elles ne possèdent pas le monopole de bienfaisance. Tellement plus humaines que nous, généreuses de leur temps. Un talent d'empathie. S'il-vous-please.

Faut quand même admettre qu'on n'est pas très loin de la photo du jeune Nigérien qu'on nous propose sur Facebook, avec pour notice: «Like cette image, sinon t'es raciste».

Je vous déteste.