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Le Détesteur: Reprendre le contrôle du web

Je pense qu'on est sur le point de perdre un gros combat. En fait, j'dirais plutôt qu'on concède la victoire, plus rapidement qu'on le pense à ceux qui se battent pour obtenir le contrôle. Si on s'arrête deux secondes et qu'on fait le bilan de la dernière année, on risque de bien s'en rendre compte.

Plus ça va et moins de sources il y a. Il suffit de commencer à l'observer pour s'apercevoir que la plupart du contenu partagé provient des mêmes sites web. On finit toujours par s'en remettre au clé en main, pour sauver du temps et se rendre droit au but. Plus ça avance, plus ça se resserre et plus le contenu se centralise. On a commencé à céder, comme on l'a fait avec Wal-Mart, alors qu'on l'a préféré aux petites boutiques locales qui ont pignon sur rue, parce qu'il nous offrait absolument tout, au même endroit. Autant ne faire qu'un seul détour que 46, non?

On devient paresseux. Et pourtant, le web des années 90s a créé des gens comme moi, des autodidactes, des adeptes de DIY (Do It Yourself) ou encore des super-recherchistes débrouillards. Y'a pas si longtemps, le web nous poussait à chercher plus loin et plus longtemps pour déterrer ses trésors.

Maintenant, on attend. On attend le prochain viral sur Facebook. On se rend sur Buzzfeed, pis on attend aussi. On attend les prochaines gaffes ou bons coups d'Hollywood et de nos vedettes locales. Le web est désormais une grosse entité qui tripe sur la même affaire, en même temps. Toujours en attente de L'AFFAIRE. Ça ne vous rappelle pas une technologie, ça? Genre, la télé? Plus on avance dans le temps, plus je dénote avec tristesse les ressemblances. C'est vers ça qu'on semble vouloir se diriger.

Et parlant d'Hollywood, où est rendue notre résistance à la culture pop? Quasi inexistante. On a beau vouloir jouer aux marginaux qui s'en câlissent, mais quand Justin Bieber fait les manchettes internationales, c'est quand même pour lui qu'on paralyse le web, au final.

On n'ose plus prendre de risque et les initiatives finissent par toutes se ressembler. On exige que les blogueurs qui se sont immiscés dans notre quotidien soignent leur langage et ne sortent pas trop du moule au visage de Charles Lafortune. Et les personnalités notoires qui font des sorties occasionnelles pour lever le nez sur les gens qui partent de rien, sans l'aide de personne ni subvention. Mais quelle tabarnack d'incompréhension de l'essence du web! On veut décider de qui a le droit ou non de dire PLOTTE dans une mauvaise vidéo sans fond. On instaure le politically correct à un univers qui se voulait pourtant si libre. Mais vous ne comprenez rien mes estis. C'est ça, le web. C'est le mauvais, le trash, l'essai, l'erreur, le broche à foin. C'est formateur. C'est la dissidence, une réponse à toute la marde qu'on nous sert déjà à la télé. C'est également la marde qu'on nous sert à la télé. C'est un mélange de tout ça.

Mais quoi qu'il en soit, il faut pouvoir balancer si on ne veut pas que tout finisse par avoir des allures de soirées familiales à TVA.

Ceci dit, j'espère que 2012 nous aura fait tirer des leçons du démantèlement de Megaupload/Megavideo. On n'était pas vraiment préparés à ça, sans Plan B. Le web a perdu un pourcentage important de son contenu. Disons qu'en centralisant nos champs d'intérêt sur quelques plateformes, on facilite la tâche des autorités en attente de prendre le contrôle. Ils sont déjà un peu plus près de leur but qu'à l'époque où notre web plus underground était régi sous nos propres structures de branches et de boue.

On nous disait, il y a quelques années, que le web se vendrait comme les chaînes de télé, par forfaits (Par exemple: 5$/mois pour accéder à Facebook/Twitter/LinkedIn). On avait beau y croire, mais on se demandait comment ça pourrait arriver et pourquoi on laisserait faire ça. Bin voilà, on y est presque. On se casse moins la tête pour chercher l'impossible pis on laisse tout venir à nous, en esquivant le plus de cliques possible. Le confort immédiat, sur le web. Quitte à payer (Netflix).

Espérons maintenant qu'on saura changer nos habitudes et faire preuve d'un peu plus de créativité, au détriment de la culture populaire. Autrement, 2013 pourrait marquer le commencement d'un web totalitaire.

Je vous déteste.