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Cinema
15 décembre, 2012 - 15:03

Entrevue: Matthias Schoenaerts nous parle de discipline, de graffiti et de ceux qui le qualifient de « bel animal »

Chaque année, les grands festivals de films rendent possible la découverte de quelques révélations instantanées, des nouveaux venus qui se démarquent grâce à une performance magistrale, un talent sorti de nulle part et une gueule qui fait autant (sinon plus) jaser que le film en question. L’an dernier, Michael Fassbender (Shame) et Elizabeth Olsen (Martha Marcy May Marlene) s’étaient partagés les honneurs, faisant la une d’innombrables revues et générant une fascination ininterrompue auprès des cinéphiles.

Cette année, pas besoin de se demander où se cache le « It Boy » (ou plutôt, It Man). L’interprète au charisme indéniable est nul autre que Matthias Schoenaerts, d’abord remarqué l’an dernier dans le bouleversant Bullhead, nominé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Dans De rouille et d’os, le nouveau film de Jacques Audiard (Un prophète, Sur mes lèvres), l’acteur belge prête ses traits à Ali, un jeune père un peu bagarreur qui peine à joindre les deux bouts. Son destin croise celui de Stéphanie (Marion Cotillard), une dresseuse d’orques dans un Marineland français qui vivra un grand drame. Schoenaerts livre rien de moins qu’une performance foudroyante dans l’un des rares chefs d’œuvre de 2012. Alors qu’il se fait courtiser par la France et Hollywood, Nightlife.ca a joint ce parfait trilingue à Namur pour discuter d'une année remarquable.

 

NIGHTLIFE.CA: La presse française semble résolue à vous décrire comme un « bel animal », en référence à votre physique imposant dans De rouille et d’os et Bullhead. Ça vous plaît?
Schoenaerts: (rires) Bof, un bel animal… C’est plutôt un compliment. C’est à propos de ces deux personnages, qui sont très physiques, très primaires. Les deux sont entièrement différents mais il y a des parallèles. Comme descriptif pour ces deux personnages, en fait, je trouve ça assez beau!

Le personnage d’Ali dégage une énergie très puissante, quelque chose d’à la fois brutal et de vulnérable. Était-ce le plus grand défi de ce rôle?
Absolument, et c’est cette ambiguïté qui m’intéressait au scénario. C’est poétique, c’est fataliste. Quand on est comédien et qu’on lit un scénario, on a tendance à juger son personnage. Moi, je fais toujours attention de ne pas imposer mon jugement personnel sur un personnage, parce que ça influencerait mon interprétation – et pas dans le bon sens.

Et lorsqu’on joue un personnage comme Ali, qui n’a pas un parcours des plus reluisants, j’imagine que c’est impératif de s’abstenir de tout jugement…
En effet. Pour moi, c’est un personnage qui réagit. Ce n’est pas quelqu’un avec des mauvaises intentions. C’est juste quelqu’un qui réagit. Tout est un réflexe pour lui: tant sa brutalité que sa tendresse. C’est quelqu’un de très spontané, de pur et d'imprévisible en fin de compte. Mais il est toujours sincère.


Matthias Schoenaerts dans De rouille de d'os

Vous êtes un fan invétéré du cinéma de Jacques Audiard. Qu’est-ce qui vous emballe le plus chez lui?
C’est un cinéma très brut. Ses personnages ne sont pas toujours « clean », ce ne sont pas des héros. Ce sont des gens qui ont leurs défauts, mais c’est toujours apprêté avec beaucoup de finesse et de nuances. C’est ce qui le démarque vraiment, selon moi.

Que pensez-vous du choix du comité français, qui a préféré Intouchables à De rouille et d’os pour représenter le pays aux Oscars?
Moi jusqu’à présent, je n’ai pas vu Intouchables. Tout le monde m’en parle comme étant un super film, donc je pense qu’ils savent très bien ce qu’ils font. Je ne sais pas si le film a une même valeur artistique, mais bon. C’est dommage pour nous, bien sûr, on était déçus jusqu’à un certain point, mais voilà, c’est la vie, on ne va pas se prendre la tête pour ça. J’espère que le film Intouchables aura un beau succès parce qu’il le mérite, apparemment.

On a beaucoup parlé de ces 27 kilos de muscles que vous avez pris en vue du tournage de Bullhead. Est-ce important de vous abandonner de la sorte dans un rôle afin de livrer la meilleure performance?
Je pense que chaque rôle demande sa propre approche. Il y a des rôles qui demandent des préparations complètement différentes. Mais c’est vrai que je suis un gars qui va à fond. J’adore découvrir un nouvel univers et me dépasser là-dedans.

Vous étiez un grand mordu des graffitis sauvages à l’adolescence. Comment décririez-vous ce que vous faisiez?
Oui, mais j’en fait toujours! (rires) Je ne fais pas de l’art politique; je suis plus dans l’exclamation et le pur plaisir d’amener de la couleur là où il n’y en a pas. C’est ça qui rend les gens heureux dans ces quartiers-là. Quand j’étais jeune, je faisais beaucoup de graffitis illégaux, mais maintenant, j’aime bien prendre mon temps. Moi, le vandale, ça ne m’intéresse pas. Je travaille le jour et j’obtiens des autorisations. Après, il y en a qui diront que ce n’est pas du graffiti… Moi, je m’amuse!

De rouille et d’os
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