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cinéma
12 décembre, 2012 - 11:11

Les 10 meilleurs films québécois de 2012, de Laurence Anyways à Bestiaire

2012 n’a pas été une année faste pour le cinéma québécois, mais il serait un peu alarmiste de parler de crise, comme l'ont fait plusieurs têtes dirigeantes de l’industrie. Bien que les rendements au box-office aient dans plusieurs cas été en deçà des attentes, notre cinéma fait pourtant toujours preuve d’un grand engouement à l’international, où bon nombre de films ont été acclamés (voire auréolés) cette année. Comment expliquer ce paradoxe?

Lorsque l'on constate qu’un blockbuster estival insipide (Omertà) est le grand vainqueur au box-office québécois cette année (seul film à franchir la barre symbolique d'un million de dollars), on peut tout de même se demander si on s’intéresse réellement à notre cinématographie. Encourager nos artisans en allant voir Omertà, c’est bien, mais que diriez-vous des dix films suivants? Les coups de cœur de notre équipe ont de quoi meubler vos temps morts pendant les vacances!

Michael-Oliver Harding, Sarah Lévesque, Dustin Segura-Suarez et Geneviève Vézina-Montplaisir


10
Bestiaire
(Denis Côté)


Notre rebelle préféré du septième art semblait lui-même surpris de l’audace des RVCQ à l’annonce que son film d’essai inusité lancerait la 30e édition du festival. Voulant déstabiliser le spectateur sans tomber dans la provocation convenue, Côté livre un film méditatif, sans scénario, composé de longs plans-séquences d’animaux vivants ou empaillés, cadrés de façon très esthétique. On est loin des cours 101 de sélection naturelle à la National Geographic. Tourné en grande partie au Parc Safari où les animaux sont enfermés dans des cages étouffantes, on ne sait trop quoi en penser (à part faire une croix sur toute future visite au zoo). Devrait-on y voir une réflexion sur la complexité des rapports animal/humain? Ou simplement se perdre dans le regard globuleux de l’autruche fixant la caméra? Les zones grises à l’intérieur desquelles opère Côté plairont à certains, en enrageront d’autres et ennuieront les plus impatients. Ne pas toujours se faire prendre par la main au cinéma? On aime! (Michael-Oliver Harding)
 

9
Inch'Allah (Anaïs Barbeau-Lavalette)

C'est avec beaucoup de doigté que la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette filme le conflit israélo-palestinien. Son histoire est celle de femmes au pluriel, de Chloé, une obstétricienne pour Médecins sans frontières qui se lie d'amitié avec une jeune Palestinienne enceinte jusqu'aux dents et d'une jeune soldate israélienne postée à une frontière. S'il avait été facile de se mettre les pieds dans les plats, de jouer les imposteurs, de choisir son camp, Barbeau-Lavalette trouve le ton juste avec sa Chloé apolitique et prise malgré elle dans ce conflit plus grand que nature. Il y a aussi la performance d'Evelyne Brochu qui impressionne  par son magnétisme, sa capacité de se transformer, d'incarner une femme presque sans âge. Inch'Allah, aujourd'hui vendu dans plus d'une vingtaine de pays, brille dans ce savant dosage d'histoire et d'ambiance, ce goût de transmettre sans dicter et de filmer sans dramatiser. Un véritable tour de force. (Sarah Lévesque)
Notre entrevue avec les producteurs Kim McCraw et Luc Déry

 

8
Le Torrent
(Simon Lavoie)


Lavoie (Le Déserteur, Laurentie) continue de se frayer un chemin bien à lui au sein de notre cinématographie. Campé dans le Québec rural des années 20, ce film raconte l'histoire d'une chrétienne tourmentée (Dominique Quesnel), rejetée par son village pour avoir enfanté hors mariage et qui tente de racheter la bénédiction du bon Dieu en s’assurant que son fils devienne prêtre. Elle étouffe son pauvre François (Victor Trelles Turgeon, déchirant de justesse) à force d’épier ses moindres faits et gestes et de le punir avec une violence effroyable. Une œuvre ténébreuse où le rythme est contemplatif, les répliques se font rares et le jeu d’acteurs s’apprécie dans les regards et la gestuelle. La rigueur de la proposition ne plaira pas à tous, mais Lavoie réussit haut la main le pari de transposer à l’écran l'œuvre lyrique de l’écrivaine Anne Hébert. Il met en scène des paysages d’une dangereuse beauté à travers lesquels le fils tentera d’obtenir sa délivrance. De l’excellent terroir nourrissant. (Michael-Oliver Harding)


 

7
Over My Dead Body
(Brigitte Poupart)


Pour son premier documentaire, la comédienne et metteure en scène Brigitte Poupart braque sa caméra sur le danseur et chorégraphe atteint de fibrose kystique Dave St-Pierre, alors que celui-ci attend une greffe du poumon. Portrait intimiste d’un artiste qui s’est servi de son rapport à sa maladie pour créer et qui présente à l’écran une grande vulnérabilité, Over My Dead Body est une première œuvre empreinte d’humanité. Sans tabou devant la caméra respectueuse de la réalisatrice en herbe, Dave St-Pierre est très touchant. Pas étonnant que le film ait remporté le Prix à la création artistique de Montréal 2012 du Conseil des arts et lettres du Québec. (Geneviève Vézina-Montplaisir)
Notre entrevue avec Brigitte Poupart

 

6
Ma vie réelle
(Magnus Isacsson)


Le dernier film du regretté documentariste Magnus Isacsson (Palme du meilleur long métrage aux RIDM) nous rappelle la force éloquente du cinéaste : sa grande sensibilité auprès des personnages, qui se révèlent peu à peu dans leur intimité. Ici, Isacsson passe dix-huit mois à Montréal-Nord, s’attardant au sort de quatre adolescents qui ont connu des enfances particulièrement difficiles (pauvreté, toxicomanie, abandon). Son portrait sans fard d’une jeunesse qui s’accroche au hip-hop comme bouée de sauvetage regorge de moments criants de vérité. À mille lieues des clichés des quartiers défavorisés, la caméra d’Isacsson donne le loisir du temps à ces jeunes : temps pour révéler leur étonnante maturité et pour oser croire aux rêves les plus fous. Lorsqu’Alex, un ado profondément ébranlé par l’absence d’une mère malade et droguée, affirme en toute candeur « qu’un monde sans préjugés serait un monde parfait », on veut plus que jamais croire que c’est possible. Un constat porteur d’espoir qui peut difficilement nous laisser de glace. (Michael-Oliver Harding)

 

5
Camion
(Rafaël Ouellet)


Un vieux camionneur de métier met fin à sa carrière après un triste accident de la route qui coûte la vie à une femme. Il se retrouve isolé dans sa maison à Dégelis, seul avec sa détresse. Ses fils le rejoignent, la famille se retrouve. L’univers est masculin, mais pas dépourvu de sentiment pour autant. On laisse parler les personnages par des dialogues intelligents. Très beau film avec des moments de complicité touchants – la scène d’écoute de musique dans la voiture entre les deux frères est un beau moment de cinéma. Un film sensible, sobre et en plus québécois (une bonne raison d’encourager le cinéma d’auteur d’ici). (Dustin Segura-Suarez)
Notre entrevue avec Rafaël Ouellet

 

4
L'Affaire Dumont
(Podz)


Selon nous, la dernière réalisation de Podz n’a pas eu l’écho qu’elle aurait dû avoir. Basé sur l’histoire vécue de Michel Dumont, un Québécois accusé à tord du viol d’une femme qu’il n’avait jamais vue, le film mettant en vedette Marc-André Grondin témoigne avec réalisme de cette saga judiciaire du début des années 1990. Grondin, méconnaissable dans la peau d’un Dumont doux et touchant, endosse ici un de ses meilleurs rôles en carrière. Marilyn Castonguay, qui incarne quant à elle la courageuse Solange, la copine de Dumont dont les démarches lui ont permis de sortir de prison, est lumineuse. Une véritable découverte ! (Geneviève Vézina-Montplaisir)
Notre entrevue avec Marc-André Grondin 

 

3
China Heavyweight
(Yung Chang)


La grande Histoire retient toujours le parcours des gagnants, tout particulièrement dans les sports où les champions ont parfois le droit à l'admiration, voire même l'adulation des foules. Le documentaire China Heavyweight fait tout le contraire. Il apporte de la lumière à ceux qui resteront à jamais dans l'ombre. Le documentariste sino-canadien Yung Chang parvient à raconter le quotidien de jeunes sportifs comme une fiction, un art qu'il maîtrise depuis son premier film, le très beau Up The Yangtze qui a remporté plus d'un prix à travers la planète. Avec China Heavyweight, on suit un entraîneur et deux jeunes boxeurs qui voient dans la boxe une possibilité de réussite sociale. À mille lieues de Rocky et de ses histoires moralisatrices, China Heavyweight nous confronte à ceux qui perdent, aux rêves qui se brisent, aux durs lendemains des sportifs qui s'entraînent sans gagner. (Sarah Lévesque)

 

2
Rebelle
(Kim Nguyen)


Qualifier de « bouleversant » un film à propos d'enfants-soldats relève un peu de l’évidence. Préciser que ce récit coup-de-poing évacue tout soupçon de mélodrame ou de misérabilisme, voilà qui est moins typique. Dans Rebelle, la jeune Komona raconte au bébé qu’elle porte en elle toutes les atrocités qu’elle a vécues depuis sa capture. Pas surprenant que la jeune Congolaise Rachel Mwanza ait remporté moult prix à Berlin et à Tribeca pour son interprétation carrément renversante. Une étonnante incursion en Afrique subsaharienne avec ses kalachnikovs, ses sorcières de guerre et ses conflits voleurs d’enfance. Avec son récit d'une jeune « war witch » confrontée à un quotidien d’une brutalité inouïe, ses séquences d’hallucination oniriques, ses images d’une beauté déconcertante et ses pistes de réflexion sur la rédemption, Rebelle se hisse bien au-dessus de la mêlée. (Michael-Oliver Harding)
Notre entrevue avec Kim Nguyen

 

1
Laurence Anyways
(Xavier Dolan)


Crédit Shayne Laverdière
Il y a beaucoup d'ambition dans ce troisième film de Xavier Dolan. Le sujet est déchirant,  profondément dramatique, une trouvaille en soi. Il s'agit de l'histoire de deux êtres follement passionnés l'un pour l'autre, mais qui n'arrivent malheureusement pas à surmonter le désir de l'un à changer de sexe. Ce mélodrame qui s'échelonne sur dix ans est une histoire-fleuve comme on se le permet rarement au cinéma. Il y a aussi ce souci du style, celui des années 90, des choses léchées, des images colorées, des trames sonores bien campées. Là, Dolan brille en maître, seul en son genre sur la piste de danse au Québec. Puis, ce maître dialoguiste sait écrire des personnages qui s'avèrent de véritables défis d'acteur tant pour Suzanne Clément que pour Melvil Poupaud qui brille par sa constance, un jeu subtil à la fois fort et fragile. Laurence Anyways est une œuvre dense, touffue, qui jette les bases du style cinématographique de Dolan. (Sarah Lévesque)
Our interview with Xavier Dolan (in English) 
Notre critique du film 

 

* Si vous cherchez les films Roméo Onze et Goon, n'ayez crainte! Ils figuraient au classement des 10 meilleurs films québécois de 2011.