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cinéma
29 novembre, 2012 - 10:10

Niels Schneider n'a que de bons mots pour son film «L'âge atomique», présenté ce soir à image+nation

La dernière fois qu’on prenait de ses nouvelles, c’était pour lui proposer la une de notre édition de mai 2010, Montréal’s Got Talent. Sans surprise, le séjour à Cannes qui a suivi notre shooting, pour présenter Les amours imaginaires sur la Croisette, a été des plus concluants. Le comédien aux légendaires boucles blondes et aux traits angéliques enchaîne les projets sans relâche depuis avoir quitté le Québec.

« Je me suis installé ici car c’est où se déroulent la plupart de mes projets, nous dit Niels lorsqu’on le joint chez lui à Paris. J’ai tourné à Lisbonne pendant 6 mois l’an dernier et deux mois à l’île de La Réunion. C’est vraiment au gré des projets. Pendant un an et demi, je faisais la navette entre les deux villes, mais c’était juste compliqué d’avoir des projets ici et d’habiter à Montréal. »

Celui qui s’est vu remettre le prestigieux Trophée Chopard de révélation masculine à Cannes l’an dernier (il est en bonne compagnie, avec des lauréats tels Gael Garcia Bernal en 2003, Jonathan Rhys-Meyers en 2005 et Ezra Miller cette année) reconnaît d’emblée l’effet boule de neige qu’a engendré sa participation aux projets de Xavier Dolan. « Quand un acteur en est à ses débuts, j’ai l’impression qu’il prend un peu du réalisateur quand il fait un film. Je pense que pour certains réalisateurs, en me choisissant pour un film, c’est comme s’ils prenaient un petit bout de Xavier. »

 
Portrait SPG LePigeon // Maquillage et coiffure: Maina.ca

Mélomanes, dragueurs, intellos-bohèmes
L’âge atomique
, premier long métrage de la réalisatrice française Héléna Klotz, figure certainement parmi les plus audacieux paris de Schneider jusqu’à présent. Présenté jeudi soir au Festival de cinéma image+nation, ce film de courte durée détonne complètement des courants actuels. Primé à Berlin et à Angers, L’âge dépeint une jeunesse parisienne mélomane, dragueuse et intello-bohème en quête de repères. Victor et Rainer, deux jeunes dandys solitaires et plutôt sentimentaux, quittent la banlieue parisienne le temps d’une soirée des plus énigmatiques, qu'ils entament dans des bars électros avant d’errer dans les rues de la capitale et en forêt… La relation des deux ados est pour le moins ambiguë, les dialogues s’apparentent au littéraire, les couleurs sont saturées et la prétention parisienne révélée en pleine nuit. Oubliez les prises de vue idylliques de la Ville Lumière à la Woody Allen; vous ne reconnaîtrez aucunement le Paris des cartes postales ici. 

D’entrée de jeu, Niels et moi sommes d’accord : L’âge atomique ne courtise aucunement le grand public. Le rythme est lent, les personnages sont incertains et les considérations de style passent souvent bien avant l’histoire. (Lorsque ton jeune pseudo-poète récite du Rimbaud en plein club sans ironie aucune, c’est que tu revendiques une proposition culottée.) C’est justement cette audace qui a plu à Niels, dont le personnage de Théo, un gosse de riche arrogant et agressif, vient bousculer le cours des choses. « C’est un personnage qu’on ne retrouve pas partout, affirme-t-il. Beaucoup à Paris, par contre. C’est une jeunesse aisée, qui aime la provocation et montrer sa supériorité matérielle. Vu que ça se passe la nuit, toutes les personnalités se révèlent avec l’alcool. »

Cinéma d’auteur atypique
Premier volet d’une trilogie envisagée par Klotz sur la jeunesse, la réalisatrice a d’ailleurs affirmé plus tôt cette année que le personnage de Niels serait mis à l’avant-plan dans L’Âge Atomique 2. Ça tombe bien, car Niels n’a que des éloges à l'égard de Klotz. « C’est l’une des cinéastes les plus intéressantes et à contre-courant en France », dit-il à propos de celle qui défriche de nouvelles terres au grand écran.

« Chaque pays fait un peu son cinéma d’auteur. Au Québec, je trouve qu’il y a vraiment un cinéma d’auteur type que tout le monde fait. En France aussi, on a nos stéréotypes du cinéma d’auteur et on fait énormément de cinéma social avec des gens de banlieue, des films qui parlent de l’immigration et des problèmes raciaux… Je pense que c’est une vague que des gens comme Ken Loach ou les frères Dardenne ont beaucoup influencée. C’est très à la mode de faire ça sans musique, avec des dialogues extrêmement réalistes où l’on ne sent pas l’écriture du tout. Je trouve ça le fun qu’Héléna ne se dise pas : ‘‘Bon, je veux faire un film d’auteur, il faut que je fasse ça comme ci, comme ça.’’ »


Elliott Paquet et Niels Schneider dans L'âge atomique

Des hipsters en proie au spleen
Quant aux critiques qui n’y ont vu que deux hipsters exaspérants en proie au spleen, Niels défend la proposition : « Pourquoi est-ce que c’est une jeunesse qu’on n’aurait pas le droit de filmer ? Pourquoi est-ce qu’on aurait juste le droit de filmer une jeunesse à Hochelaga, ou qui habite dans le 9-3, en banlieue parisienne ? » Schneider reconnaît une vraie mise en scène dans ce film qui évite le réalisme cru. « Klotz trouve son style à elle : on sent l’écriture et les dialogues, mais elle s’en fout, parce que c’est beau. Elle a envie qu’on entende ce qu’ils disent. Ce qui l’intéresse, c’est l’émotion. »

Celui qui affirme toutefois ne pas vouloir se limiter au cinéma d’auteur, poursuit petit à petit des projets de tout acabit. Il y a bien sûr son scénario attendu, un « coming of age movie » qui l'occupe depuis plusieurs mois (il avait d’ailleurs annoncé le titre provisoire de Toutes les nuits, mes dents tombent à La Presse en août dernier), en plus d’incarner le rôle de Télémaque, fils d’Ulysse, dans une télésérie inspirée de L’Odyssée, et de participer au tournage prochain de The Faces of God, un projet québécois plus ésotérique de Jérémie Saindon, talentueux réalisateur de vidéo-clips éclatés pour Yelle, Cœur de pirate et autres We Are Wolves.

« Ce qui est le fun en France, c’est qu’il y a quand même de la place pour du cinéma comme celui de Klotz. En même temps, il y a plusieurs éléments qui font en sorte qu’on s’intéresse à un projet : le scénario, un acteur avec lequel on veut travailler, un sujet, un traitement, un réalisateur… L’intérêt n’est pas uniquement de faire partie d’une certaine famille du cinéma. Parce que ça, je trouve que c’est vraiment du snobisme mal placé ! »

 

L’âge atomique
Le jeudi 29 novembre à 21h au Cinéma Du Parc
Présenté dans le cadre du festival image+nation