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Entrevue avec Django Django, le groupe en lice pour le prix Mercury le plus intéressant, de passage à Montréal

Chaque année depuis 1992, le prix Mercury est remis à l’artiste du territoire britannique qui s’est démarqué pour la qualité artistique exceptionnelle de sa production. Créé pour servir d’alternative aux Brit Awards, il est attribué selon les choix d’une série de comités formés de journalistes, de musiciens et de membres de l’industrie britannique. PJ Harvey, The xx et Franz Ferdinand l’ont déjà remporté. Le prix Polaris, son pendant canadien, qui vient de récompenser Feist pour l’album Metals, a été créé à son image.

Le gagnant de l’édition 2012 du Mercury Prize sera connu le 1er novembre prochain.

Début septembre, l’annonce des finalistes de cette année avait de quoi laisser les Nord-Américains pantois. Mis à part Lianne La Havas, Michael Kiwanuka, Richard Hawley et The Maccabees, celle-ci comporte plusieurs noms totalement inconnus chez nous. On a depuis découvert (et été déçus par) Alt-J, qui était de passage la semaine dernière.

Voici maintenant Django Django, qui effectue ce vendredi une première escale à Montréal. Paru fin janvier en Angleterre et en mars an Amérique du Nord, son premier album homonyme est passé totalement inaperçu chez nous. Souhaitons que sa sélection au Mercury et cette visite à Montréal soient l’occasion de corriger la situation. La musique en vaut la peine. Heureux amalgame d’électro analogique à la Kraftwerk, de pop pure à la Beach Boys, de rock psychédélique et de folk, elle est sans lien aucun avec Django Reinhardt et amène enfin un peu d’originalité à la musique pop.

Au téléphone depuis Chicago, à quelques heures d’un concert là-bas, le chanteur et guitariste Vinny Neff a répondu à quelques-unes de nos questions.

Félicitations pour votre sélection au Mercury! Quel effet ça vous fait?
C’est une impression bizarre. Quand nous nous sommes rendus à la cérémonie de dévoilement, je me sentais comme un intrus au party. Je m’attendais à ce que la sécurité nous mette dehors à tout moment, comme si ça avait été  une erreur. C’était étrange d’être debout à côté de Richard Hawley et des Maccabees. On a grandi en regardant les Mercury, en admirant des vainqueurs comme Primal Scream ou Franz Ferdinand… Être associé à ceci est surréel et super tout à la fois.

Vous venez d’Écosse, mais êtes basés à Londres. Est-il plus facile d’y faire de la musique?
Il y a un peu de ça, oui. Il y a beaucoup plus de choses à voir et à entendre, quel que soit le jour de la semaine. Davantage de possibilités d’être surpris. On sent qu’il n’y a pas de limites, tandis qu’en Écosse… Tout est possible là aussi, mais on vient d’Édimbourg, qui est une ville plutôt conservatrice. Un endroit comme Glasgow a une ambiance un peu plus dynamique. Mais Londres était la ville où nous vivions tous au moment de démarrer le groupe. C’est là que nous avons fait nos études. C’est chez nous, maintenant. J’habite pour ma part dans East London et j’aime beaucoup l’aspect multiculturel du coin. Ça garde l’esprit ouvert.

Ça fait du bien d’entendre enfin de la musique pop qui ne ressemble pas à Radiohead ni à Animal Collective. C’est à croire qu’il n’y a plus d’aspiration à l’originalité au-delà de ces deux modèles. Ces groupes font-ils partie de vos inspirations?
J’ai acheté mon tout premier album d’Animal Collective l’autre jour… Strawberry Jam. Mais j’ai perdu mon téléphone depuis, donc toute ma musique. Je ne suis pas vraiment fan de Radiohead. Quelques-uns des gars le sont. Pour ma part, je n’ai jamais trop compris. Je vois bien que les gens sont obsédés. Mais nous sommes un peu isolés de tout ça. Le gros de la musique qu’on écoute vient des années 50 à 80. De temps à autre, un groupe actuel attire nos oreilles. Un Tame Impala ou une Grimes. Mais nous ne nous tenons pas vraiment au courant. Je crois que c’est sain. Ça nous empêche de nous comparer à ce qui se fait.

Il y a vraiment de tout dans votre musique… Du rock, de l’électro, du folk… Y a-t-il une de ces cultures qui vous ait marqué plus que les autres?
On peut peut-être dire qu’on vient davantage du vieux rock… Mais on a aussi beaucoup tripé acid house, italo-disco… Tout ça a joué son rôle. C’est difficile à décortiquer. Notre son est surtout déterminé par notre manière de composer. Par exemple, si nous composons une chanson rockabilly et que nous décidons de l’enregistrer, l’idée sera de lui donner un son différent de celui qu’elle dicte. En faire une pièce électro, par exemple. La dernière chose à faire serait d’enregistrer une chanson typiquement rockabilly! Il faut qu’elle ait une tournure spéciale, quelque chose de bien à nous. Et une fois que cette chanson est terminée, on veut en faire une qui soit radicalement différente. Quelque chose de gentil et d’acoustique, par exemple. Pour conserver une impression de fraîcheur, de défi continuel. Et une fois que celle-là est terminée elle aussi, on vise encore quelque chose qui contraste, mais pas encore le truc rockabilly… Histoire de rester motivés, on veut que toute nouvelle chanson détruise complètement celles qui ont été faites avant. C’est ce qui nous rend si éparpillés, je suppose, mais le gage est que tous ces morceaux s’emboîtent au bout du compte. Ça reflète un peu la musique qui nous a nourris. C’était généralement des albums où toutes les chansons étaient différentes les unes des autres. Comme un vieil album des Beatles, où on traverse dix ou douze histoires très différentes. Jusqu’à maintenant, ça fonctionne bien pour nous.

Qu’est-ce qui est innovateur pour vous?
Je suppose que c’est de se détacher de la façon formelle de faire les choses. Tous ceux avec qui nous avons travaillé nous ont dit que sur un disque, au moment du mixage, il fallait mettre les voix au centre du champ stéréo. Quand on leur demandait pourquoi, c’était comme s’ils ne s’étaient jamais posé la question! Pour nous, c’est normal de se la poser, puisque nous sommes partis sans aucune connaissance technique. Nous avons tout essayé. Ça a horrifié certaines personnes de voir comment nous enregistrons nos guitares ou d’apprendre que la batterie est enregistrée avec des micros pour la voix. Mais ça peut quand même fonctionner. Il ne faut pas avoir peur d’essayer des choses.

Peux-tu nommer un bon exemple de cela, passé ou présent?
Vite comme ça? Bo Diddley. Si tu écoutes attentivement, tu constates que sa musique était souvent enregistrée de façon douteuse, voire incorrecte. Mais il a quand même fait de la musique extraordinaire.

Django Django
28 septembre | Petit Campus
57, Prince-Arthur E.
www.djangodjango.co.uk