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L'affaire Dumont: Marc-André Grondin nous livre sa meilleure performance depuis C.R.A.Z.Y.

Crédit photo : Marine Anaïs Haddadi
L'affaire Dumont: Marc-André Grondin nous livre sa meilleure performance depuis C.R.A.Z.Y.

Lundi 27 août, première fois que je me rends à l’Auberge Saint-Gabriel. Le décor est plus sauté que ce que j’avais en tête. On se croirait presque dans un labo de savant fou. À l’entrée, une gigantesque colonne vertébrale. Direction toilettes, deux cervidés décapités sont recousus ensemble, avec comme seule tête commune une ampoule illuminée. Avec le petit côté gore de la scène, le véritable intrus des lieux demeure la grosse pancarte promo de L’affaire Dumont; comme une page de journal surlignée au marqueur rouge, qui trace l’esquisse d’un visage.

Autour de moi, journalistes, photographes et caméramans s’arrachent tous la présence de Podz et de Marc-André Grondin. Alliance Vivafilm chorégraphie la danse médiatique à la minute près. Les heures passent et ne reste plus que moi de journaliste dans la salle de presse, entourée de tous les restants de petits pâtés et de tartelettes au citron. L’offre sur la table: quinze minutes de conversation avec l’acteur principal. Peut-être dix de plus si j’ai de la chance. Je regarde du coin de l’œil Grondin donner une entrevue par téléphone. Le journaliste n’est pas préparé, l’acteur agacé d’avoir perdu son temps. On me dit que je suis la prochaine à passer. Dernière prière pour la pertinence de mes questions.
 

Double face
L’affaire Dumont, la vraie, c’est l’histoire du Québécois Michel Dumont, accusé à tort de viol en 1990. Face aux accusations d’une victime sûre de reconnaître son agresseur, l’ancien livreur de dépanneur n’a pas les armes suffisantes pour se défendre. Sa vulnérabilité sociale et une série de faux-pas judicaires lui vaudront 34 mois de pénitencier et des séquelles intemporelles. 

L’affaire Dumont, le film, c’est aussi l’histoire de la métamorphose de Marc-André Grondin en Michel Dumont. On avait déjà vu l’acteur ressembler à un autre. On pense à son rôle dans La Belle Bête ou Le premier jour du reste de ta vie, qui lui a valu le César du meilleur espoir masculin. Mais on n’avait jamais autant oublié l’acteur au profit du personnage.  

Devant moi, un grand gars à la tête rasée, timide, mais presque intimidant. Des tatous, une bague avec une tête de mort, une langue éloquente qui balance quelques sacres au passage. Sur la pellicule, une interprétation de Michel Dumont. Un homme à la voix haute et hésitante. Une coupe Longueuil, des grosses barniques. Un menton renfoncé, des yeux bas.

Cette mutation quotidienne, c’est «dans un pit en plein milieu du bois » qu’elle avait lieu. À trois heures du matin, la maquilleuse Marlène Rouleau donnait naissance à l’une des versions chronologiques de Michel Dumont avec Grondin comme toile de fond:  «Il y avait cinq perruques pour sept looks. Des fois, il fallait avoir un bald cap [faux crâne] complet. Il fallait s’arranger avec l’horaire parce que c’est quatre heures de make up pour faire le faux crâne. Pis par moments, j’avais une heure pour cacher les tatous en plus… Des longues journées. On pouvait pas me raser à ce moment-là car la production du prochain film que je tournais [NDLR: L’homme qui rit] ne voulait pas que je me rase la tête tout de suite. Pis finalement, deux semaines après la fin du tournage, je me rasais la tête. Ça a été une belle découverte pour Podz et la maquilleuse!»


Marc-André Grondin dans L'affaire Dumont // Photo: Marco Weber

Pour l’acteur, qui a littéralement grandi sur les plateaux de tournage à admirer les objets fantaisistes des accessoiristes, l’art de la métamorphose n’est pas assez exploité au cinéma: «C’est rare que t’as la chance de vraiment te métamorphoser ou de changer. On demande tout le temps aux acteurs d’être comme ils sont, pis là on te crisse des jeans Gap pis un t-shirt Old Navy, pis on fait comme «ben dit ça, mais dans tes mots». Ce qui est le fun c’est de pouvoir construire de quoi de différent, pis de pas attendre que ça soit pour une comédie ou un film de science-fiction.»


Marc-André Grondin dans L'homme qui rit

Tourner avec Podz
Si Marc-André Grondin ne connaissait pas Daniel Grou alias Podz avant L’affaire Dumont, il en parle aujourd’hui comme d’un chum avec qui il aimerait collaborer sur d’autres projets. Il définit le réalisateur de 10½ comme un gars pas compliqué, «qui a des couilles», et les deux hommes se sont découverts une vision artistique et des influences cinématographiques communes : «J’ai eu un gros coup de cœur humain et professionnel pour Podz. […] C’est un gros fan de Kubrick. Je suis un gros fan de Kubrick. On aime beaucoup les hosties de longs travellings, les gros plans ben proches.»

Tel qu’il se doit dans un film signé Podz, L’affaire Dumont a droit à son lot de moments dark qui serrent la gorge. Une scène d’agression collective, la vision d’horreur d’une fausse-couche à travers les yeux d’un enfant, l’abjection des scènes de nudité au pénitencier... Marc-André Grondin revient sur une scène où il est complètement mis à nu: «C’est sûr que la scène où je me déshabille quand j’arrive à la prison… t’es pas ben. T’es pas ben de regarder ça. J’étais pas mal en shape quand j’ai rencontré Podz. À la minute où je faisais le film, il m’a dit «arrête de t’entraîner, bouffe de la crap». J’ai perdu toute ma shape. Je me souviens quand j’ai vu les rush de la scène… mon corps a pas l’air ben. Mon corps a l’air fatigué, à boutte.»

Anecdote de la fin: à l’aise avec les scènes de nudité lorsque pertinentes, Marc-André Grondin avoue cependant qu’il a eu une demande spéciale pour le tournage de cette scène quand est venu le temps de baisser les culottes... «Je savais pas la journée même que j’allais me faire fouiller dans le cul. Il [Podz] me l’avait dit la veille, mais je pensais que c’était une joke qu’il me faisait, sérieux. Moi la seule affaire que j’ai demandé, c’est que ça soit de vrais policiers, du vrai monde qui font ça de leur vie. S'il y a quelqu’un qui veut me checker dans le cul, faut que ce soit quelqu’un qui en voit tellement de culs qu'à la fin de la journée, il peut même pas te dessiner le tien. Je voulais pas avoir un gars de l’UDA [NDLR: L'Union des artistes] qui dit "Hey, j’ai ramassé huit crédits aujourd’hui sur le plateau de Dumont, pis j’ai checké dans le trou de cul de Marc-André Grondin!" Je voulais pas que ce soit un évènement mémorable pour la personne!»

 

L'affaire Dumont 
Sortie en salle le 14 septembre