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FME, jour 4: un dernier tour avec Fanny Bloom, Koriass et Loud Lary Ajust

Après trois jours de festivités souvent bruyantes, parfois houleuses dans les rues de Rouyn, le FME a pris l’habitude de penser aux citoyens de la ville pour son dernier soir. Comme pour les remercier, la programmation du quatrième jour est davantage pensée en fonction de monsieur et de madame Tout-le-Monde. Moins pointue, plus conviviale.

En 5 à 7, à titre indicatif, Fanny Bloom était l’option la plus «émergente». Une belle façon, en ce qui me concerne, d’entamer ce dernier tour de piste sous le signe de la fatigue. Salle comble, mais moins tassée que celles des trois derniers jours, heureusement. Contente de l’assistance, la menue blondinette a donné le concert le plus énergique et senti qu’il m’ait été donné de voir d’elle depuis son envol en solo. Les pièces d’Apprentie guerrière (plus une nouvelle), dont quelques-unes réarrangées, coulaient bien. Bloom avait à ses côtés un nouveau guitariste temporaire en la personne d’Éric Patenaude (Grenadine, ex-Le Husky). C’était la première fois qu’on pouvait entendre la six cordes prendre autant d’importance dans l’opération. Une belle tournure.

En soirée, le gros rendez-vous était à plage Kiwanis, située loin des zones investies par le festival jusqu’à maintenant. Jean-Pierre Ferland, Dumas et Bernard Adamus y donnaient le concert officiel de clôture. Devant l’absence d’indications pour s’y rendre, j’ai dû faire appel à deux quidams locaux pour m’aider. La bonne nouvelle, c’est qu’ils s’y rendaient eux aussi, bière à la main. La moins bonne, c’est qu’il s’agissait de deux patients de l’hôpital psychiatrique du coin, visiblement sous médication lourde. Plusieurs, plusieurs arrêts plus loin, mes nouveaux amis sont arrivés une bonne vingtaine de minutes avant leur couvre-feu et moi, après la prestation d’Adamus. L’ambiance était bonne aux abord du lac pour les enfants et les mélomanes à temps très partiel, mais après quelques minutes assez difficiles au son de Dumas, j’ai pris le premier lift pour revenir en ville.

Avec le trio hip-hop montréalais Loud Lary Ajust à l’Agora des arts, j’ai trouvé une ambiance plus propice au défoulement. Fort en gueule et en rythmes sudistes bien crades, le combo s’est montré à la hauteur de la réputation qu’il s’est faite depuis le lancement de son premier album gratuit, il y a quelques mois, et a manifestement gagné plusieurs fans. Pour ma part, j’ai trouvé la proposition bien convaincante et authentique, mais ce rap plutôt classique me parle moins, d’autant plus que le franglais y est poussé au point de ne plus trop saisir l’aspect francophone. Koriass (en photo), en mode full band juste après, a épaté davantage, quoiqu’on parle encore là d’un hip-hop bien traditionnel. Le gaillard de Québec se distingue néanmoins par son humour et son absence totale de prétention, même s’il a l’aplomb et l’assurance d’un vieux routier.

La fin de la soirée a été passée à aller et venir entre les prestations de Loco Locass à l’Agora, de Buffalo Theory à la soirée métal du Petit théâtre et de Michèle O. au Cabaret de la dernière chance. Il y avait de l’aplomb de part et d’autre, sauf chez le soussigné, en proie à une irrémédiable fatigue de fin de parcours. On a quand même eu un petit frisson lorsque Loco Locass a introduit sa fameuse «Libérez-nous des libéraux» avec la promesse qu’il s’agissait de la dernière fois qu’elle serait jouée sur scène. Une belle nouvelle à au moins deux niveaux. Mais ensuite, il était temps d’aller dormir et de dire au revoir à ce dixième FME encore une fois très réussi.

Qu’est-ce qu’on retient? Assurément la magnifique apparition de Timber Timbre à l’Agora le jeudi, le rave lo-fi, interactif et psychédélique d’Organ Mood dans la ruelle de la galerie L’Écart le vendredi et la rencontre puissante, mais intimiste avec Godspeed à l’Agora le samedi. Et combien d’autres moments festifs qui ne se racontent pas vraiment publiquement. Car c’est aussi ça, le FME.