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Crédit photo : Cindy Boyce
La descente du coude renoue avec le punk et salue les étudiants au passage avec son nouvel album

La descente du coude renoue avec le punk et salue les étudiants au passage avec son nouvel album

C’est sans grande surprise qu’on apprend que le leader d’un des groupes punk les plus verbomoteurs et les plus éloquents d’ici, La descente du coude, travaille aussi avec les mots dans sa job de jour. Simon Leduc est professeur de littérature au Cégep Montmorency. Et c’est sans plus de surprise qu’on apprend que le titre du nouvel opus du groupe, L’idéal en civière, est un clin d’œil à la crise sociale qui a secoué le Québec ces derniers mois.

À temps pour ce retour attendu sur disque, après quatre ans loin des radars, durant lesquels le groupe a bien failli disparaître, et à la veille d’un concert de lancement qui aura lieu la semaine prochaine (voir infos au bas de l’entrevue), Simon a bien voulu nous éclairer sur les origines du nouvel opus et sur ses sources d’inspiration.

Avant de parler du nouvel album, parle-nous un peu du projet solo que tu as démarré pendant la pause de La descente. C’est resté confidentiel, non?
Oui. J’ai participé genre aux Francouvertes y’a deux ans. J’ai pas fait grand-chose d’autre. Ça s’appelait Simon Leduc et la gear. Y’a une toune du projet qu’on a reprise avec La descente. Je ne sais pas si ça va revenir. Les musiciens avec qui je jouais sont pas mal occupés, donc j’imagine que si ça devait avoir lieu, ça serait avec d’autre monde… Pour le moment, je n’y pense pas vraiment, parce La descente prend pas mal tout mon temps. Je suis content du disque qu’on a fait, j’ai le goût de le jouer à fond. Le projet solo est apparu à un moment où je pensais que La descente était en train de «chier». Y’a eu des moments où ça branlait pas mal dans le manche. On n’arrivait pas à se voir, y’avait pas de nouvelles idées qui sortaient; faque moi, j’ai commencé à monter des tounes tout seul de mon bord. Ça m’a fait du bien.

Qu’est-ce qui a fait que La descente a redémarré?
Je pourrais pas dire exactement. À un certain moment, on s’est rendu compte qu’on avait pas mal de tounes en maquettes. On avait commencé une préprod depuis vraiment longtemps, dans notre local. À un moment donné, tu te dis: «OK, on va sortir ça, on va se booker des dates de studio». Ça te force à opérer, à terminer les choses. Je te dirais que trois d’entre nous y ont travaillé plus solidement. P.O. (Gratton), notre bassiste, s’est trouvé une autre job. Il était ambulancier, il travaillait de nuit. C’était difficile. On a monté la plupart des tounes à trois, pis une fois que ça a été fait, ben, on a recommencé à pratiquer, à jouer des vieilles chansons. C’était comme si on recommençait à neuf, au fond. On a redécouvert des chansons qu’on ne pensait plus aimer.

J’aime beaucoup le titre. Qu’est-ce qui te l’a inspiré?
Les chansons. Une fois qu’on en a eu amassé une couple, je me suis rendu compte qu’il y avait des thèmes de désir et d’ambitions confrontés à la réalité qui se dégageaient. Ça parlait souvent de trahison, de rêves déchus, des trucs de même. C’est comme si le titre était venu de lui-même. Je cherchais une manière de le dire, puis je me suis rendu compte que je l’avais déjà écrit dans «Parfois c’est dur». J’y parle d’un idéal en civière… Je trouvais que ça collait bien et en plus, avec ce qui s’est passé ces derniers mois au Québec – la montée de la contestation et le constat que pour le moment, les résultats ne sont pas encore ceux espérés –, je voulais rendre hommage à mes étudiants qui rentrent en classe en ce moment. Je trouve qu’ils ont mené une lutte courageuse, héroïque jusqu’à un certain point. Je ne veux pas qu’ils aient le sentiment qu’ils ont fait ça pour rien. Je veux leur dire que ça n’est pas encore fini. C’est sûr qu’il y a un idéal qui est malmené, mais il n’est pas mort. Il peut être soigné. De toute façon, un idéal, c’est ça, hein: c’est quelque chose d’irréalisable que tu mets devant toi et que tu suis.

L’album est plus lourd que votre précédent, Coup de foudre (2008). Généralement, quand un groupe rock s’adoucit, il revient rarement sur ses pas…
C’est drôle. Les tounes sont venues comme ça. Je les ai fait écouter à ma blonde et elle a été vraiment étonnée. Elle a dit: «Voyons donc, Simon, me semble que t’en écoutes plus, de la musique de même!» Mais je sais pas, on dirait que ces temps-ci, je redécouvre plein d’affaires. J’écoute des trucs métal. L’autre fois, je suis allé voir Refused et j’ai capoté! Ça faisait je sais pas combien d’années que j’avais écouté leurs disques. C’était fou, ça n’avait juste pas de sens! Y’a toute une énergie que je suis content de retrouver et je me dis: «Ben, crime, ça fait partie de moi, ça fait partie de qui on est!» C’est pour ça que je suis content du disque: je trouve qu’il est super honnête. En même temps, on est arrivés à intégrer d’autres instruments – du banjo, du ukulélé, des trucs de même – sans que les tounes aient l’air de venir d’un autre groupe.

Je me suis toujours demandé comment vous arrivez à faire entrer des textes aussi élaborés dans une formule punk si mélodique. Donc, la question classique: textes sur musiques, ou musiques sur textes?
Je ne sais pas. La musique prend beaucoup, beaucoup de place. Je me rends compte que mes textes sont super cryptés. Ils sont vraiment difficiles à comprendre, souvent. C’est que, lorsque je les écris, j’ai toujours une musique en tête, donc je ne peux mettre n’importe quel mot avec n’importe quel autre. Faut qu’il y ait une mélodie là-dedans. Ce qui fait que le sens, des fois, devient obscur. Je ne mettrais jamais deux mots l’un à côté de l’autre parce que je trouve que ça fait beau – y’a toujours un sens ou une intention derrière –, sauf que je comprends que pour les oreilles extérieures, ça puisse être difficile à suivre. Ça, je pense que c’est une chose sur laquelle je vais devoir travailler. Pour revenir à ta question, les deux se mélangent vraiment beaucoup. Des fois, j’essaie de faire une musique qui va s’intégrer au texte le plus possible. D’autres fois, c’est le contraire. Il y a toujours une recherche. Mais au final, je gagnerais à simplifier un peu mes affaires. (rires)

Y’a quelque chose dans Hochelaga qui semble t’inspirer. Tu en parlais dans «Triste mais vrai», sur Coup de foudre, et tu en parles maintenant dans «Place Versailles», dans «Les narines d’Hochelaga» et dans «Tétreaultville». T’habites là?
Je viens juste de déménager, mais oui, j’ai habité longtemps dans Hochelaga. J’habitais dans Tétreaultville pour L’idéal en civière. Ben oui, j’écris des tounes qui parlent de ce que je fais, d’où je suis, faque c’est sûr que ça transparaît. Je trouve ça le fun de chanter des lieux qui le sont rarement. Y’a une musique là aussi. Là, je viens juste de déménager à Longueuil, sur la Rive-Sud, où j’ai grandi. J’ai acheté quelque chose. Je reste juste à côté du métro Longueuil. Je trouve ça vraiment cool. Je me sens plus proche du centre-ville. Ça prend dix minutes pour traverser le pont. J’avais un peu peur – disons que ça n’était pas un objectif de vie de vivre là-bas, mais, maintenant que c’est fait, je suis content!

Tu as jadis fait partie de Suck la marde, qui est devenu un groupe culte depuis sa séparation. Tu dois souvent te faire demander si ça va revivre un jour…
Oui, ça arrive. J’ai des étudiants qui me parlent de ça, même. Écoute, si ça pouvait revenir à un moment donné, ça serait le temps d’un spectacle. Moi, je serais super content de le faire. Vraiment très content. Ça se discute ici et là. L’idée plane depuis longtemps. Peut-être qu’un jour, éventuellement, on fera quelque chose. Mais pour le moment, y’a rien de prévu. C’est vrai que c’est spécial. Des fois, c’est un peu bizarre. Tu lis des affaires comme: «La descente sort un nouveau disque; on espère entendre un nouveau «Rock ta mère». Criss! «Rock ta mère», come on! Avance! C’est drôle. Y’a plein d’artistes qui ont sont pognés avec une toune qui les a fait connaître. Je me dis: «Ayoye, est-ce que je suis comme ça à une échelle vraiment réduite?» J’aurais fait des succès quand j’avais 19-20 ans et je serais plus capable d’accoter ça? C’est un peu étrange.

La descente du coude: spectacle de lancement
28 août | Casa del popolo
4873, St-Laurent
avec Speed Massacre
ladescenteducoude.bandcamp.com