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Le Centre PHI donne aux amateurs d’art une deuxième bonne raison de se rendre au Vieux-Port

Depuis l’ouverture de la Fondation DHC/ART, véritable temple de la création contemporaine, en 2007, la mécène Phoebe Greenberg gâte les Montréalais d’expositions considérables d'artistes parmi les plus courus de la planète (Christian Marclay, Jenny Holzer, Sophie Calle et John Currin). Greenberg récidive en offrant à sa ville un cadeau technologique qu'on prendra plusieurs mois à déballer, le Centre PHI.

Ces dernières semaines, la réouverture du complexe New City Gas (le «relooking» impressionnant d’une ancienne usine à gaz de notre patrimoine industriel) a quelque peu éclipsé l’ouverture de cet autre lieu historique reconverti, le Centre PHI, dans le Vieux-Montréal. Mais cette «maison des arts intelligente» mérite tout autant d’éloges, du simple fait qu’il s’agit d’un espace multifonctionnel dont l’architecture et la technologie à la fine pointe n’ont visiblement pas été négligés. Mais il ne faut pas se tromper : l'architecture époustouflante, le design épuré et écolo (conçu en respectant minutieusement les standards de la certification LEED Or) sont au service de l’art avec un grand A. Greenberg souhaite qu'une vaste cohorte d'artistes de tous horizons – cinéma, mode, art numérique, photo, illustration, design et bien d’autres – s’approprie les lieux et en fasse son QG.

 

Lors d’une récente visite de presse de ce haut lieu de l’avant-garde étalé sur quatre étages, bon nombre d’ouvriers étaient toujours à l’œuvre, transformant les derniers chantiers de ce bâtiment de pierre datant de 1861. Ce qui frappe d’emblée en parcourant les lieux, c’est l’ampleur de l’offre qu’on rend disponible aux créateurs : salles de spectacles modulables, de projections et d’expositions multimédias, studios d’enregistrement et de montage, lounge, loges d’artistes, un futur restaurant et une terrasse avec vue imprenable sur le Vieux, qui donne aussi sur un toit vert. Les têtes dirigeantes du Centre PHI ont longuement réfléchi au squelette acoustique de l’édifice, qui évite toute «contamination» sonore entre les différentes salles. «Nous croyons que les artistes contemporains nécessitent beaucoup de flexibilité, et ce projet s’avère le résultat de mes recherches auprès d’eux, affirme la très sympa Greenberg, une grande mélomane et mordue d’art. J’espère que l’édifice pourra poursuivre son évolution avec la prochaine génération d’artistes. Je ne la comprendrai d’ailleurs probablement pas aussi bien que ceux qui me succèderont! »

 

Origines cannoises 
La genèse de ce complexe, qui a déjà accueilli un événement dans le cadre du C2-MTL et un symposium organisé par MUTEK, et qui abritera très bientôt les activitités de Prends Ça Court, remonte à la création du court-métrage Next Floor de Denis Villeneuve, auréolé du prix du Meilleur court métrage à Cannes en 2008. Le film s’agissait au départ d’une commande de Greenberg pour immortaliser de façon créative la destruction du bâtiment qui abrite aujourd’hui le Centre!

Et même si certains expriment quelques craintes quant à ce projet d’envergure, qui n’est pas sans rappeler la conversion ratée des salles de cinéma Excentris en espace multidisciplinaire (initiative de l’autre grand mécène des arts en ville, Daniel Langlois), Greenberg m’assure que le projet a seulement vu le jour après de mûres réflexions. « Nous n’aurions pas été de l’avant si nous n’avions pas eu le soutien de la communauté et du public avec DHC/ART. Ma constatation première est qu’il y a énormément de jeunes qui veulent profiter de notre vitrine, alors je me sens vraiment appuyée dans cette aventure! J’ai aussi pu constater que des artistes phares à l’international veulent faire de Montréal une de leurs destinations. La ville est reconnue à l’étranger pour sa culture technologique, qu’il s’agisse de cinéma, d’innovation, d’art numérique... Il y a une communauté de taille ici, et la récente conférence C2-MTL en est une autre preuve. »

 

Radiohead et Massive Attack sur la wish list ultime de Phoebe
Puisqu’elle repousse sans cesse les limites de diffusion pour nos créateurs, j’en ai profité pour demander à Phoebe quels sont les artistes avec lesquels elle rêverait de collaborer? « Je peux penser à bien des noms, mais ça serait un peu prétentieux de ma part… (rires) Je suis une grande fan de Radiohead et de Massive Attack – des gens qui font non seulement des croisements en musique mais qui ont également des préoccupations philanthropiques ou encore une facture visuelle bien à eux. Je m’intéresse beaucoup aux artistes qui prônent la convergence avec d’autres disciplines et qui font preuve d’idées qui se déploient sur différentes plateformes.» Aspirants exposants du Centre PHI, à vos ateliers!

 

Une première installation-thérapie
Le Centre dévoilera graduellement sa programmation pendant l’été, «période d’incubation» qui permettra au public d’investir les lieux et à l’équipe de tâter le terrain. Première proposition du Centre? Amentia, une installation interactive et plutôt décalée en quatre actes signée Jean-François Mayrand. Le visiteur bascule entre la raison et la folie, dans un dialogue avec un fou, incarné par l’acteur Gaétan Nadeau. Une expérience immersive que chaque visiteur vit seul, enfermé dans une sombre pièce de 9 m2 où il fait face à trois écrans. On nous encourage fortement à lâcher notre fou: crier, sauter, bouger, culbuter, tout ce qui nous passe par l’esprit, car « pas de caméra à l’intérieur », on nous assure.


Avec Amentia, Gaétan Nadeau nous plonge dans sa démence 

Tous nos mouvements et réactions déterminent d’ailleurs le cours de cette expérience unique et étrangement...intime? Une curieuse proposition qui vaut le coup, si ce n’est que pour se lâcher lousse dans un espace qui inspire quand même un certain sérieux. En bonus, l’expérience de chaque visiteur est enregistrée à l’aide de capteurs de mouvements et de sons à l’intérieur de la pièce, produisant un graphique parsemé de taches noires rappelant les tests de psychologie Rorschach. Les «moments de folie» de certaines de nos vedettes nationales (Karine Vanasse, Denis Gagnon) ornent d'ailleurs les murs de la salle d’attente, alors qu’on s’apprête à admirer notre série de gribouillis noirs bien à nous.

Voilà le mien. On m’informe que les taches noires se forment lorsqu'on reste immobile dans la pièce… De toute évidence, j’ai profité de mon échange assez musclé avec Gaétan...

 

PHI Centre
407, rue Saint-Pierre (coin Saint-Paul) | phi-centre.com

Amentia
Du mercredi au vendredi (midi à 19h) et le week-end (11h à 18h) | amentia.com