+ Toutes les playlists

Entrevue avec Chinatown, qui revient enfin avec un nouvel album plus expérimental

«Ça n’est pas un travail de continuité. En même temps, on reste les mêmes personnes», lance Félix Dyotte en regardant le mur de son appartement.

Ainsi s’explique, selon le chanteur et guitariste de Chinatown, la direction musicale mixte de Comment j’ai explosé, le second album du quintette dont il fait partie, qui voit enfin le jour cette semaine. D’un côté, l’album ramène la sensibilité pop déployée sur Cité d’or, qui a fait connaître le groupe en 2009 et engendré le hit «Apprendre à danser». De l’autre, il montre des penchants plus expérimentaux par ses textures plus rudes ainsi qu’une forte teneur en vieux claviers analogiques.

Dyotte précise que cette direction s’est établie sur une longue période. D’abord lorsque le groupe s’est mis à saupoudrer des synthés sur ses chansons, à la fin de la période de préproduction, à l’automne 2010. Puis, lorsque le choix du lieu d’enregistrement s’est arrêté sur le studio Breakglass de Jace Lasek (The Besnard Lakes), où la bande s’est enfermée en mai et juin 2011. Enfin, lorsque les pistes ont été remises à John Goodmanson, un américain connu pour son travail avec Blonde Redhead, Death Cab for Cutie et les Posies, pour le mixage, à la fin 2011.

«C’est un album qui est plus près de nos intérêts musicaux, souligne le musicien. On s’est beaucoup accroché à des références musicales comme Blonde Redhead, Gorillaz, Blur et Beach House en guise de guide, même si notre musique ne ressemble pas du tout à ça. Il y a quatre-cinq ans, on était plus dans un trip Supergrass. Là, ce qui nous tentait, c’était de jouer avec l’espace, le son, piger dans toutes les époques. On ne tenait pas à sonner moderne à tout prix.»

Pour illustrer ce qui s’est passé en studio, Dyotte parle de pianos enregistrés à bonne distance, puis filtrés à travers des amplis de guitares; de signaux saturés à travers des machines à rubans, de sonorités trafiquées… «Ça s’est poursuivi jusqu’au mixage, souligne-t-il. John a complètement changé la sonorité de la batterie avec des compresseurs. Les gens avec qui on a travaillé ont vraiment compris où on voulait aller, souvent avec très peu d’explications.»

Chinatown à l’habitude des travaux de longue haleine. Cité d’or renfermait beaucoup de morceaux qui dataient des débuts de la collaboration entre Dyotte et le chanteur et claviériste Pierre-Alain Faucon, il y a près de quinze ans (même si Chinatown n’a débuté qu’en 2006). Comment j’ai explosé, en comparaison, représente une création beaucoup plus concentrée. Hormis «Retour à Véga», une pièce de Faucon popularisée par les Stills en 2004, à laquelle Chinatown a finalement décidé de donner «une vie propre», tous les titres datent de la fin 2010.

Composition précipitée? Un instant… «Les chansons n’ont pas nécessairement été commencées à ce moment-là. Moi, ça me prend incroyablement de temps, écrire une chanson. Ça peut me prendre cinq ans. Et Pierre-Alain aussi. On les commence, on les met de côté quand on ne sait pas où elles s’en vont, puis on y revient lorsque le temps est venu. Le secret, c’est d’en faire plein à la fois.»

Chinatown: concert de lancement gratuit
2 mai | Le National
1220, Ste-Catherine E.
avec Sean Foster
chinatownmusique.com