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Avec pas d’casque plane dans les hautes sphères poétiques sur son nouvel album

Éclipsé le temps de permettre à son leader Stéphane Lafleur de pondre son dernier film, En terrains connus (2011), le combo indie-folk local Avec pas d’casque revient sur disque cette semaine avec Astronomie.

Sur ce troisième album, le groupe étend sa palette musicale grâce à l’arrivée dans ses rangs du joueur de baryton Mathieu Charbonneau, entendu notamment avec The Luyas et Torngat. L’apport de l’ingénieur Mark Lawson (Arcade Fire, etc.) au mix donne aussi au son du groupe une étonnante tournure plus polie.

Mais au centre de l’affaire se trouvent toujours les textes intelligents, imagés et fort poétiques de Stéphane Lafleur. Nous nous sommes entretenus avec lui.

Comment Mathieu est-il entré dans le groupe?
D’une drôle de façon… Je vais essayer de te résumer ça. Joël (Vaudreuil, batterie) et Nicolas (Moussette, lapsteel et basse) ont joué dans un autre band qui s’appelle Moussette avec le frère de Nicolas. Mathieu s’est joint à eux après avoir rencontré Joël dans une sorte de projet «allstar» monté pour les Francouvertes par Simon Leduc de La Descente du coude, dans lequel il y avait aussi Simon Trottier de Timber Timbre. J’ai pas entendu ce qu’ils ont fait, mais en tout cas, Mathieu s’est mis à y jouer du baryton, qui n’est même pas son instrument. C’est plutôt un pianiste. Il empruntait celui de Joël. Moi, je l’ai rencontré une couple de fois à cause de ça et je suivais quand même un peu Torngat, mais on ne se connaissait pas.

Puis, à un moment donné, il m’écrit et me dit: «j’ai vu que vous alliez jouer au festival de Tadoussac. Je vais être là moi aussi. Si vous voulez, je pourrais jouer du baryton sur quelques tounes». Je dis: «ouais, OK, super». Faque je lui envoie des tounes. Lui, c’est un vrai musicien. Il est arrivé à la pratique avec des partitions et les jouait toutes du premier coup! Finalement, il a joué sur toutes les tounes. Je lui demande: «avec quel band vas-tu jouer à Tadoussac?» Il dit: «aucun». Finalement, il allait juste là pour voir sa blonde, qui est musicienne et qu’il n’arrivait pas à voir parce qu’elle était toujours en tournée. Il se disait: «tant qu’à être à Tadoussac, autant jouer de la musique!»

Finalement, il s’est un peu inséré dans le groupe, ça a bien marché et il était vraiment intéressé à continuer de jouer avec nous, faqu’on l’a gardé et tranquillement pas vite, j’ai vu le potentiel que ça amenait au niveau des arrangements. Ça permet plus d’ouvertures musicales. De fil en aiguille, tu composes des tounes en fonction d’un quatrième membre. Parmi les nouvelles, il y a en a plusieurs qui renferment des passages instrumentaux qu’on n’aurait pas pu se permettre avant. Une toune comme «Deux colleys», par exemple, serait moins intéressante si Mathieu n’était pas là.

Comment avez-vous décidé du thème nocturne d’Astronomie?
C’est tellement niaiseux que ça vaut même pas la peine de le raconter. On était ensemble, tous les trois dans une Maison de la culture, et on a vu une sorte de collage sur lequel il était écrit: «astronomie». Ça nous a fait sourire. On a comme décidé ce soir-là que le prochain disque allait s’appeler Astronomie. C’est pas très original. Dans la nature jusqu’au cou (NDLR: le titre du précédent opus du groupe), à la limite, renfermait un peu plus de sens. Là, c’est juste un mot. Mais ce mot-là traîne tellement d’affaires, ça ouvre sur tellement de choses… Je sais pas, j’aimais l’idée de la nuit. Ça ne va pas plus loin que ça.

Puis, l’été dernier, on a fait tellement un beau show. On a «cassé» les nouvelles tounes dans un champ de blé d’Inde. C’était devant un feu de camp, y’avait du monde autour du feu, les criquets, les étoiles… C’était incroyable! On dirait que ça a pris tout son sens dans ce contexte-là. C’est pas un album concept, mais ça finit avec «Les oiseaux faussent aussi», qui est comme une chanson de matin, de réveil. J’ai l’impression que tout le disque est comme un voyage dans la nuit. Je sais pas, je m’invente des histoires, un peu.

Même si Mark Lawson a mixé l’album, Astronomie sonne quand même comme du Avec pas d’casque. Vous êtes très constants en ce sens-là. Vous gardez toujours le cap, musicalement. Vous n’avez pas d’ambition de réinvention?
Deux choses: je ne fais pas juste ça, de la musique, dans la vie. Je pense que mon rapport à la musique est différent de quelqu’un dont c’est la carrière, le seul cheval de bataille. Ça, c’est une chose. Et j’ai mes limites comme musicien; je ne suis pas un grand chanteur. J’ai une espèce de carré de sable que j’essaie d’agrandir chaque fois du mieux que je peux. L’autre affaire, c’est que je trouve qu’il y a assez de bands pour ne pas me sentir obligé de faire un album disco, mettons. Moi, je ne m’attends pas à ce que les artistes que j’aime fassent des 180 degrés. En même temps, j’ai pas envie qu’ils se répètent, mais j’ai pas non plus envie qu’ils changent pour changer, juste pour dire: «regardez, je suis capable de mettre d’autres mitaines!» Ça, ça ne m’intéresse pas. Je vois ça comme une trail qu’on défriche et qui nous mène quelque part.

Dans ta musique comme dans tes films, on dirait que tu es plus intéressé à creuser la réalité, à baigner dedans qu’à la fuir comme plusieurs…
Ouais, quoiqu’un homme qui vient du futur, ça n’est pas très réaliste. Je dirais que j’aime prendre le réel et le tordre juste un peu. On a souvent dit que c’est la poésie du quotidien. C’est pas ça. Le jeu, c’est pas de s’émouvoir devant un toaster! Non, mais c’est pas ça, comprends-tu? […] Dans la vie, on n’est pas toujours noir ou blanc. On est souvent gris mélangé avec ben des affaires. Gris avec des petits picots. Ben ces petits picots-là, pour moi, sont le fun.

Comment t’es-tu mis à courir après ça? Via la musique ou via le cinéma?
C’est une bonne question. Je ne sais pas d’où ça vient. C’est sûr que ma formation est plus cinématographique. J’ai étudié en cinéma et je ne me destinais aucunement à faire de la musique. Mais je sais pas d’où ça vient. Probablement de gens que j’ai rencontrés qui, eux, avaient cette espèce de regard-là sur la vie. On dirait qu’à un moment donné, il y a eu un déclic pour moi aussi et je me suis mis à voir ces affaires-là. C’est juste d’aiguiser ta sensibilité.

Est-ce que tes chansons sont comme des petits films ou est-ce que ce sont tes films qui sont de longues chansons?
En fait, je dirais que ma déformation professionnelle vient plus de mon travail en montage. J’en fais beaucoup et je trouve que mes tounes fonctionnent selon le même principe. C’est beaucoup des collages. J’ai dit quelques fois que j’avais l’impression d’écrire une longue chanson qui s’étire sur beaucoup d’albums. J’ai l’impression que c’est toujours la même toune qui continue. OK, mettons que j’ai trois tounes... J’accumule beaucoup d’idées et puis à un moment donné, ça donne une toune. J’aime beaucoup les gens qui sont capables de raconter des histoires dans leurs chansons. Y’en a qui le font bien, mais moi, je ne suis pas capable de faire ça, raconter l’histoire de quelqu’un ou encore inventer des personnages dans une chanson. En tout cas, j’ai pas encore réussi à le faire.

Astronomie: sortie le 22 mars

Avec pas d’casque
22 mars | Cabaret du Mile-End
5240, Du Parc
avec Elfin Saddle
avecpasdecasque.com