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Theatre
5 mars, 2012 - 8:08

Isabelle Blais en pleine crise de la trentaine dans «Midsummer» à La Licorne

Lui, c'est Bob. Un musicien pris dans de petits boulots illégaux, toujours à la recherche du succès qui ne vient pas. Elle, c'est Elena. Une brillante avocate spécialisée en divorce dont la vie privée ressemble à un désert. Deux trentenaires que rien ne semble unir si ce n'est ce vide qui les habite, sorte d'insatisfaction grandissante face à la vie. Voilà la trame de fond de Midsummer, une pièce de théâtre anti-romantique écrite par les britanniques David Grieg et Gordon McIntyre, et traduite par le dramaturge québécois Olivier Choinière. Présentée à La Licorne, cette histoire douce et amère s'avère un défi de taille pour ses acteurs, Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais, qui jouent et chantent une pièce ainsi que ses neuf chansons pendant une bonne heure et demie. Isabelle Blais raconte ce qui l'a séduite dans cette aventure où l'amour ne tourne pas au rose.

 

Qu'est-ce qui t'a premièrement charmé à lecture de Midsummer?
Le texte m'a immédiatement interpellé par son humour. L'amour est ici décrit de manière crue et offre en même temps un regard sans complaisance sur la mi-trentaine. J'ai aussi vu le beau défi de comédienne que ça demandait avec une multitude de personnages à incarner, une histoire à raconter et des chansons à chanter.


Est-ce que la crise de trentaine touche Isabelle Blais et son entourage?
La crise de la trentaine est plus étalée qu'avant. Je connais des «jeunes» de quarante ans qui ont les deux pieds dedans. Tout ça, je crois, parce qu'on est jeune, plus longtemps qu'avant. Tu n'as qu'à penser aux années 50 et 60, ou à nos grands-parents, comment ils n'étaient plus jeunes à 30 ans... Cette crise, c'est une sorte d'urgence, une impression qu'on est en train de devenir vieux, que la vingtaine nous délaisse et qu'il n'y a plus d'excuses pour se sentir perdu. Le temps te rentre dans le corps. C'est aussi le sentiment du «last call», cette impression que l'on ne peut plus changer indéfiniment, qu'il faut enfin se brancher et que la réussite est nécessaire. Tout ça peut devenir très lourd.


Tu chantes et tu joues dans Midsummer. C'est le meilleur des deux mondes pour toi, qui a toujours mené les deux de front?
Ça ajoute au défi. C'est un exercice exigeant physiquement, qui demande une grande présence, une grande énergie. Puisque nous ne sommes que deux, il n'y a aucun repos possible dans cette pièce.


Dans ta vie de tous les jours, est-ce qu'Isabelle Blais se sent plus comédienne que chanteuse? Ou tout ça ne forme qu'un tout pour toi?
La musique m'habite tout le temps, ce qui n'est pas le cas d'être comédienne. Quand je joue, je marche par projet. Et oui, je transporte le projet avec moi, même dans mon bain. Mais, la musique est pour moi plus prenante, c'est là en tout temps, ça occupe mes temps libres. Surtout depuis un an et demi, où nous composons et enregistrons avec Caïman Fu. La musique est très vivante en ce moment dans ma vie.


Tu prépares un prochain album avec Caïman Fu?
Le groupe a bien évolué. Un musicien nous a quitté. On a aussi changé de gérant. Puis on a évolué. On a vieilli. L'énergie n'est plus la même, j'ai eu un garçon. Bref, il y a eu beaucoup de remises en question qui ont toutefois cheminé vers l'écriture d'un nouveau disque. On prévoit notre sortie en septembre prochain.


La comédie est un genre qui t'a bien servi, particulièrement au cinéma (Québec-Montréal, Un crabe dans la tête, Les aimants). C'est un genre avec lequel tu te sens bien?
La comédie est un genre sous-estimé qui semble facile, mais pourtant, c'est toujours un défi pour moi. Mon naturel est plutôt au drame. La comédie me demande toujours plus de travail. Le texte est souvent mis à l'avant, il faut être habile avec le mot. J'ai un grand plaisir de baigner là-dedans au théâtre cette fois, dans Midsummer. On cabotine et on a du gros fun.


Après plus d'une dizaine d'années de métier, à quoi rêves-tu aujourd'hui?
Je recherche des rôles savoureux comme celui d'Elena dans Midsummer. Et aussi des trucs que j'ai peu explorés comme les méchantes, les folles, quelqu'un qu'on aimerait haïr. J'ai souvent joué les troublés pour qui on a de l’empathie, mais je me plairais bien dans le rôle d'une méchante et cruelle.

 

Midsummer (Une pièce et neuf chansons)
Du 5 mars ou 13 avril
Du lundi au jeudi à 19h, les vendredis à 20h
Théâtre La Licorne 
| 4559, Papineau theatrelalicorne.com