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Art dégénéré: le Maître du Bauhaus Lyonel Feininger revit au Musée des beaux-arts

Du 21 janvier au 13 mai 2012, le MBAM rend un hommage bien mérité au prolifique artiste moderne Lyonel Feininger ainsi qu’à son célèbre fils, le photographe Andreas Feininger, en exposant quelques 150 œuvres de plusieurs disciplines artistiques, dont des illustrations, peintures, sculptures et photos originales de l’héritage Feininger.

New-Yorkais ayant passé la majorité de sa vie dans son pays d’origine, l’Allemagne, Lyonel Feininger a participé au développement du cubisme à Paris, puis au groupe expressionniste munichois Der Blaue Reiter, pour ensuite devenir maître et directeur de l’atelier d’art graphique du Bauhaus.

Mais avant la peinture sont venus la musique, et surtout le dessin, art qui a confirmé à Feininger sa vocation. Publié des deux côtés de l’Atlantique alors qu’il n’était qu’étudiant, Feininger était déjà considéré comme l’un des plus célèbres bédéistes de l’époque au tournant du 20e siècle. Comme preuve, le MBAM a recueilli plusieurs de ses illustrations, dont certaines réalisées pour le prestigieux Chicago Tribune.

 


The Kin-der-Kids | The Chicago Sunday Tribune, 29 avril 1906
© The Lyonel Feininger Family LLC / SODRAC (2011)

 

Du fauvisme au cubisme
Les illustrations n’ont pas longtemps suffi à satisfaire l’ambition créatrice de Feininger, qui décide alors d’abandonner son métier pour se consacrer à la peinture. Inspiré par la vague parisienne du fauvisme, il se lance dans des représentations colorées et démesurées de la société allemande du 19e. Mais c’est pourtant dans la foulée cubiste que Feininger se démarque comme pionnier de l’art moderne et qu'il joint les rangs du Blaue Reiter, aux côtés de Franz MarcVassily Kandinsky et Paul Klee

Barbara Haskell, commissaire de l'exposition et conservatrice au Whitney Museum of American Art de New York, est revenue sur cette plaque tournante dans la vie de l'artiste. «Pour lui, ce fut une révélation. L'idée que quelqu'un puisse faire une toile à partir de préoccupations formelles a toujours été quelque chose auquel il adhérait complètement, même dans ses bandes dessinées... Il a emprunté cette idée formelle au cubisme et a commencé à produire des images qui combinent la fantaisie et le plaisir très présents dans ses oeuvres figuratives avec un vocabulaire beaucoup plus formel.»

 


Baigneurs sur la plage I, 1912
© The Lyonel Feininger Family LLC / SODRAC (2011)

 

Le poids de l'histoire
Les autres pièces de l'exposition, consacrées à différents stades artistiques de la vie de Feininger, démontrent à quel point le climat entourant le peintre a directement affecté son travail.  Par exemple, ses escapades sur la côte balte demeureront pour lui une source d'inspiration et de développement de sa philosophie artistique, axée sur «l'espace transcendental» et le sublime. Cet autre virage stylistique est identifiable par des aquarelles de paysages marins, où les formes géométriques translucides se superposent avec finesse, comme pour la toile Nuée d’oiseaux. (ci-dessous)


Nuée d’oiseaux, 1926 © The Lyonel Feininger Family LLC / SODRAC (2011)
 

Autres évènements marquants, la Deuxième Guerre mondiale et la fièvre nazie auront vite fait de pointer Feininger et d'autres artistes modernes du doigt. Considéré comme un «artiste dégénéré» véhiculant des valeurs «non-allemandes», 460 de ses oeuvres seront alors confisquées. Ce climat inquiétant convaincra Feininger de retourner vivre à New York après 50 ans d'absence... et avec deux dollars en poche. Il sera plus tard consacré au Museum of Modern Art comme l'un des grands artistes de ce siècle agité. Barbara Haskell explique ce succès par l'universalité de son oeuvre: 

«Il y avait toujours un sentiment de déplacement quand il est revenu aux États-Unis en 1937. Il décrivait que ses souvenirs les plus inestimables étaient en Allemagne. Mais il a trouvé un moyen de traduire ce bouleversement en sentiment d'expression universelle... il est allé au-delà de la nationalité pour trouver des formes universelles qui viennent rejoindre tout le monde.»

 

De génération en génération
En plus de la «salle de musique» de l'exposition, qui présente comment Feininger a utilisé la discipline du contrepoint pour rythmer ses procédés de peinture, la dernière pièce est dédiée à l'oeuvre de son fils Andreas Feininger, extrêmement réputé pour sa photographie The Photojournalist. Photographe pour le magazine LIFE pendant 20 ans et passionné de macrophotographie, il s'est décrit lui-même comme ayant «l'oeil d'un ingénieur en structure», et son penchant pour les plans industriels ravira les amateurs de photo tout comme d'architecture. Comme quoi l'importance accordée aux formes et à la monumentalité pourrait bien être génétique...


The Photojournalist, 1951 © Andreas Feininger
Source: scanzen.tumblr.com

 

 

Lyonel Feininger : de Manhattan au Bauhaus
Du 21 janvier au 13 mai 2012
Musée des beaux-arts de Montréal | Pavillon Michal et Renata Hornstein
1379, Sherbrooke Ouest | mbam.qc.ca