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Évelyne Rompré
5 janvier, 2012 - 13:01

Évelyne Rompré: de L'Auberge du chien noir à Orphelins, portrait d'une actrice surprenante

Lorsqu’on rejoint Évelyne Rompré à La Licorne, elle vient de terminer une répétition d'Orphelins et nous avoue qu'elle a hâte de retrouver son Roméo. Dès qu'elle mentionne son petit garçon, des étoiles apparaissent dans ses yeux de nouvelle maman. «Il est magnifique!» s’exclame-t-elle. La blonde actrice parle avec un émerveillement semblable de son métier qu’elle adore viscéralement et du rôle qu'elle tiendra dans Orphelins, une pièce du british Dennis Kelly, traduite par Fanny Britt et mise en scène par Maxime Denommée. Un rôle qu'elle dit avoir reçu comme une surprise. Une très, très belle surprise. Histoire de bien partir l’année, nous avons discuté avec elle de son parcours passé, de son travail présent et de ses projets à venir…

Évelyne Rompré commence par nous raconter que le chemin qui l'a amenée à se consacrer à ce métier «n’a rien d’original». Qu’elle a tout simplement toujours rêvé, d'aussi loin qu'elle se souvienne, de le faire. Ses parents, voyant que le désir ne s’estompait pas avec l’âge, l’ont encouragée. Le temps venu, elle a passé ses auditions et a été admise au Conservatoire d’art dramatique de Québec, sa ville natale. Lorsqu'elle en est sortie en 1997, deux contrats au Théâtre Denise-Pelletier l'ont poussée à partir pour Montréal. Une décision difficile à prendre? «Au début, c'était déchirant, confie-t-elle, mais finalement, la vie est tellement bien faite qu'elle nous amène ailleurs, tout naturellement.» Si bien faite que cela? «Oh! oui, c’est même surprenant à quel point!» Si elle la trouve surprenante, cette vie, l'actrice au talent immense et au sourire éclatant avoue qu’elle aussi aime l’être, surprise. Surtout par les textes et par les rôles qu'elle a à défendre sur scène. «Le théâtre, c’est la famille qui m’a ouvert les bras», explique-t-elle. Elle y travaille d’ailleurs beaucoup, beaucoup, beaucoup: «Heureusement, dit-elle, car c’est là où je me sens vraiment, vraiment, vraiment bien!» Ce qu’elle préfère? «L’esprit d’équipe.» Lorsqu’elle était petite, se souvient-elle, elle était fascinée par ce sentiment d'unité, de famille, qu'elle ressentait lorsqu'elle allait au cirque. Un sentiment qu’elle retrouve aujourd'hui, à plus petite échelle, sur les planches. «Que ce soit le metteur en scène, les concepteurs ou les compagnons de jeu, nous avons tous quelque chose à défendre. Ensemble.»
 

Le clash du petit écran
Les télévores connaissent Évelyne pour ses rôles dans Destinées et L’Auberge du chien noir, téléroman qui roule et qui roule et qui compte déjà dix ans (!) au compteur. Depuis près d'un tiers de cette décennie, l’actrice incarne Gabrielle Toupin, une jeune journaliste aux idées bien à droite. «Ce n’est pas une fille qui est nécessairement sympathique à la première écoute, concède-t-elle en riant, mais tant qu’à jouer dans un téléroman, autant jouer un personnage qui bouscule un petit peu!» Il bouscule parfois à un point tel qu’à l’épicerie, on l’apostrophe: «Des gens m'arrêtent pour me dire: ‘Bon là, êtes-vous encore pas fine avec Ariane?’ Moi, je me dis : ‘Ariane?! C’est qui ça?!’ avant de réaliser: ‘Aaaah, ok, cette Ariane-là!’» La charismatique actrice se dit d'ailleurs épatée par l’intimité que le petit écran fait naître: «C’est incroyable comme on devient connu dès qu’on commence à passer à la télévision; c’est fou à quel point on entre dans l’univers des gens! Il faut toutefois se rappeler qu’il y a quand même un million de personnes qui écoutent L’Auberge du chien noir. Ça fait un gros clash avec le théâtre...»

 

Une pièce comme une partition
Ce mois-ci, et au début du suivant, on retrouvera l'actrice à La Licorne dans Orphelins, nouvelle création de La Manufacture. Lorsque la pièce commence, Helen, la jeune femme qu'Évelyne incarne, est en train de souper en amoureux avec son mari. Interruption. Son frère débarque chez eux, le t-shirt couvert de sang. Il affirme qu'il a tenté de porter secours à un ado, dehors. Avec une pointe d'humour noir, cette pièce rentre-dedans du dramaturge Dennis Kelly («vraiment très actuelle») explore les thèmes de la xénophobie, du rapport à l’étranger et de la peur que ce dernier génère chez certaines personnes. L'actrice se dit très touchée par les thématiques abordées, fascinée par la traduction de Fanny Britt, et ravie de bosser avec Étienne Pilon et Steve Laplante, acteur avec lequel elle avait déjà partagé la scène dans Unity, mil neuf cent dix-huit à l’Espace Go. Prestation qui lui avait d’ailleurs valu le Masque de l’interprète féminine en 2004. 

Si c'est la première fois qu'elle travaille avec Maxime Denommée en tant que metteur en scène - une expérience qu'elle apprécie énormément -, ce n'est toutefois pas la première fois que ce dernier met en scène du Dennis Kelly. En effet, Denommée s'était déjà attaqué à son Après la fin en 2008. Une pièce qu'Évelyne avait vue et qui l'avait fait craquer pour le dramaturge londonien de la même façon qu'elle a craqué pour ce nouveau rôle qu'elle s'apprête à défendre. À ce sujet, elle qui a notamment incarné ces personnages immenses que sont Iseult, Antigone et Ines Pérée, fait remarquer que «finalement, les grands rôles, on ne les connait pas nécessairement. C’est ce qui fait la beauté du métier: les découvertes que l'on fait, année après année.»

Elle nous fait aussi remarquer que ce projet-ci est un des plus difficiles qu'elle ait eu à attaquer «au niveau de la minutie». Elle qui a déjà joué du piano, mais qui a toujours détesté le faire car elle trouvait cela «trop sévère», explique que Maxime Denommée a monté Orphelins comme une partition de musique. Et qu'elle adore le défi que cela représente: «On doit trouver notre liberté dans cet espace très strict où le texte a ses propres respirations, ses croches, ses noires. Les silences sont placés exactement au bon moment, les mots sont répétés, les phrases aussi, puis, paf, on arrive à un punch. La table se met petit à petit pour nous faire basculer dans un univers plus sombre...»


Étienne Pilon, Steve Laplante et Évelyne Rompré; photo Rolline Laporte

Si, pour l'instant, celle qui avait récolté une mise en nomination aux Jutra pour sa prestation épatante dans 2 fois une femme de François Delisle n'a pas de projet cinéma en vue, elle a toutefois plein de boulot qui l'attend sur les planches. Après Orphelins, Évelyne jouera dans la fort attendue Histoire du Roi Lear mise en scène par Denis Marleau au TNM puis, elle nous réserve quelques... et oui, surprises. «Je viens d’avoir un bébé, mais je pense que ce sera dans mes plus grosses années théâtrales», confie-t-elle. Et on en est très, très contents.

 

Orphelins de Dennis Kelly
Une production de La Manufacture
Du 10 janvier au 18 février | La Licorne | 4559, Papineau | theatrelalicorne.com