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Le magazine Perle redonne à l’érotisme «made in Québec» ses lettres de noblesse

Alors que l’industrie de la porno carbure plus que jamais aux pages vues, enchaînant à un rythme sans fin les productions de piètre qualité (et aux minuscules budgets), l’éditeur Nelson Roberge lançait cet automne un trimestriel érotique original, qui fait preuve d'un grand souci artistique et qui célèbre le «made in Québec». Alors que l’imprimé traverse une période assez éprouvante, celui à qui l’on doit notamment les succès de Bang Bang et Baron a redoublé d'efforts pour que son projet de revue «plus sensuelle qu’érotique» voie le jour.

En effet, lorsque je discute avec Roberge de son dernier-né, Perle, il emploie des qualificatifs trop rarement utilisés pour décrire une revue érotique: imaginative, artistique, voire même littéraire. Avec ce magazine qui rend hommage aux femmes d’ici, on est à mille lieues des Summum et Québec Érotique [NDLR: qu’on fait étrangement parvenir à l’équipe de rédaction du Nightlife depuis plusieurs années, chose qui nous amuse toujours autant…] «Perle joue plus avec l’imaginaire, le fantasme, précise Roberge. On veut ramener l’érotisme à un niveau où c’est beau, parce que c’est un sujet qui fait partie de la vie de tous. »

 

Vintage oui, vulgaire non
Donc, oubliez les angles peu flatteurs, les jambes écartées qui frôlent la leçon de biologie et le puits sans fond de grossièretés auxquelles s'attendent les spécialistes du web. Ce que vous découvrirez plutôt en feuilletant Perle? Un penchant pour des beautés vintage, de la séduction pin-up et des récits allumés avec une bonne dose de piquant. « Il n’y a pas juste des textes érotiques, défend Roberge. On voit jusqu’à quel point les gens qu’on rencontre sont à l’aise, et on va leur parler des sujets qui les intéressent. Comme dans le prochain numéro, on a Marc-André Grondin qui nous compare la jouissance masculine et féminine, comme quoi les gars peuvent venir sans jouir, et qu’ils sont plus à la performance que les filles. L’intervieweuse lui parlait un peu de n’importe quoi et c’est tombé sur ce sujet-là. »


Perle // Andréa Hooker et Zoé Pelchat-Ouellet pour tafaceengros.tumblr.com

Le premier numéro mettait l’accent sur les premières fois, les premiers ébats. On nous présentait Émilie, barmaid à L’Escogriffe, qui recense les pires pick-up lines qu’on lui a prodigués en quatre ans de métier; le charmant folk man troubadour Sean Nicholas Savage, qui conclut que les copines ont fait leur entrée en jeu lorsqu'il a commencé à jouer de la musique. Sans oublier un échange délicieux avec le cinéaste iconoclaste Robert Morin, qui avoue au journaliste que la porno contemporaine «l’emmerde profondément», qu’il y a quelque chose d’érotisant dans la souffrance et, pourquoi pas, que son nouveau projet télé portera sur des déviants sexuels.

 

Des centerfolds, du DIY et des «intellosexuelles»
En somme, un magazine qui explore l’érotisme avec une esthétique DIY, qui joue dans les platebandes de la suggestion, tout en faisant quelques clins d’œil aux revues érotiques d’antan, notamment avec son centerfold (un must pour toute publication osée qui se respecte!) et un poster détachable 18X24 «que tu peux afficher dans ton salon», propose Roberge, non sans ironie.

Les réactions au premier numéro sont très positives, selon Roberge, qui souligne au passage que les femmes sont tout aussi nombreuses à s'y intéresser que les mecs. En guise d'aperçu du prochain numéro, Roberge me parle de l’intérêt marqué de son équipe pour les geeks, nerds et autres «intellosexuelles», qu’il s’agisse de filles prenant un malin plaisir à s’habiller en «manga osé», ou encore de deux geeks plutôt calées en musique: l’actrice et DJ Monia Chokri, qui affirme que le pire endroit où la draguer est sans contredit derrière ses tables tournantes, et DJ Mini, «qui nous parle un peu de son côté mistress, précise Roberge, en plus de nous faire un mixtape de six chansons pour se mettre dans le mood.» Un excellent antidote au vacarme des jingles de Noël.

 


Perle
Magazine en kiosque dès le 15 décembre
Lancement du deuxième numéro le mardi 13 décembre à 18h
Jukebox 
| 3874, St-Laurent | perlemagazine.com