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Le visionnaire du clip Romain Gavras nous parle de son road trip entre roux, Notre jour viendra

Il a montré des soldats américains maltraitant des prisonniers roux dans le clip Born Free de M.I.A. Il a suivi des jeunes voyous qui cassaient tout dans le vidéo Stress de Justice. Dans A Cross the Universe, documentaire sur le duo parisien derrière D.A.N.C.E., il a surtout raconté l’histoire de Bouchon-le-gérant-de-tournée-complètement-pété. Dans Notre jour viendra, son premier long métrage tourné en 35mm, sorte de croisement entre A Clockwork Orange et Seul contre tous de Gaspard Noé, Romain Gavras nous dépeint l’odyssée de deux hommes, roux again, qui se révoltent, s’achètent une arbalète et tentent d’atteindre l’Irlande, terre promise où vivent «les gens comme eux». «Quand on donne trop de liberté à un réalisateur, s’exclame-t-il, et bien… ça donne ça!» Gavras vient d’avoir 30 ans. Il est un enfant de l’époque MTV, éduqué aux clips de Christopher Cunningham, de Spike Jonze et compagnie. Il est aussi l’enfant de son père, l’immense cinéaste Costa-Gavras, auquel il fait un clin d’oeil dans Notre jour viendra par le biais des… bas rouges que porte toujours son paternel, et que chausse ici Vincent Cassel.

À 15 ans, ayant soif de filmer, Romain fonde avec son pote Kim Chapiron le collectif Kourtrajmé. Ensemble ils tournent, tournent, tournent. Chose que Gavras fait encore aujourd’hui, avec la même passion de petit gars que dans l’temps. «Et de plus gros budgets?» lui demande-t-on. «Pas tant que ça», répond-il. L’âge d’or des clips, il l’a vécu collé à sa télé, fasciné par les vidéos d’Aphex Twin. «À l’époque, il y avait beaucoup de moyens. Ça donnait des trucs incroyables, les idées étaient complètement folles.» Depuis longtemps, Gavras est aussi proche de la famille Ed Banger, qu’on imagine également menée par des idées complètement folles, créant sans cesse et faisant des fêtes pas possibles, avec des guest list composées exclusivement de créatures jet set sublimes. Il assure pourtant que ce n’est pas si disjoncté qu’on le croit. «C’est vrai qu’à Paris, il y a depuis quelques années une énergie créatrice vraiment intéressante. Après, la fête, on la vit un peu de l’autre côté…»

 


 

Pourquoi?
Dans le passé, la presse a souvent demandé à Romain pourquoi il a filmé ceci ou montré cela. À ce sujet, le réalisateur qui cultive avec adresse un délectable flou artistique observe: «Il y a des gens qui savent commenter leur art ; moi, c’est pour ça que je fais des films. Je ne saurais pas expliquer autrement mes émotions et ma façon de penser qui, je l’avoue, est vraiment confuse. De toute façon, trop expliquer, c’est prendre le spectateur par la main comme si c’était un enfant débile.»

Dans son dernier-né bizarroïde, Notre jour viendra, Romain, qui n’a peur de rien, a opté pour un générique composé exclusivement de non-acteurs, à part bien sûr Cassel et Olivier Barthelemy. Le casting a duré des jours et des jours. «Ça créait des situations bizarres, se remémore en riant Gavras. Imagine, un gros barbu qui cherche des petites filles un peu grassouillettes à la sortie des écoles dans le Nord de la France!»

En salle ce mois-ci, ce premier long-métrage, pour lequel on a eu un massif coup de coeur, a été accueilli par des réactions mitigées.
«Beaucoup de gens ont dit que c’était une oeuvre de petit con. Moi, je crois au contraire que c’est un film romantique.» Une chose, par contre: demandez-lui pas d’expliquer.

 

Notre jour viendra
En salle le 25 novembre