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21 novembre, 2011 - 12:12 Arts visuels

Le Musée des beaux-arts de Montréal devient un grand terrain de jeu avec l'expo Big Bang

Qui a invité Michel Rabagliati, Melissa Auf der Maur, En Masse, Renata Morales, Denys Arcand, Marie Chouinard, le collectif Rita, Pierre Lapointe et Jean Verville au Musée des beaux-arts de Montréal? À la liste des coupables, ajoutez le nom de Stéphane Aquin, conservateur pour le MBAM, un des instigateurs de Big Bang, exposition qui se démarque par son audace et ce savant mélange des genres. «Je ne peux pas prendre tout le mérite car tout a été fait en groupe, à trois, à quatre, à cinq, avec Diane Charbonneau, Nathalie Bondil et Sandra Gagné qui ont assuré la mise en place de ces œuvres.» La formule imaginée? Le petit groupe a identifié des artistes marquants du Québec afin de leur offrir une véritable carte blanche, le droit de fouiller dans l'immense collection du MBAM et de sélectionner une œuvre qui en inspirera une autre. Le résultat, qui ressemble à une relecture toute personnelle, propose un regard, voire une véritable expérience tangible de l'art. Stéphane Aquin, qui revenait tout juste du Scottish National Gallery à Edimburgh complètement ému, nous explique sa vision du Big Bang, sorte de marche à suivre pour une exposition idéale.


 

NIGHTLIFE: D'où est venue l'idée de réunir des artistes de multiples disciplines (design, cirque, danse, design, architecture, art de rue, cinéma, musique, bande dessinée) et de les faire interagir avec des œuvres de la collection du musée?
Stéphane Aquin: On a eu beaucoup d'idées. On voulait marquer le nouveau départ après le 150ième anniversaire l'an passée. Pour souligner la 151ième année, l'expo s'est longtemps appelé 150+1. Une des directions du musée, c'est d'être très inclusif des différentes formes d'art. On a une grande collection des arts décoratifs, on a intégré de la mode, on a une salle de musique, on projette des films. Pour nous, le musée, c'est un carrefour des arts. L'autre idée de fond était de mettre en valeur la collection. On voulait enlever l'idée qu'une collection, c'est un paquet d'objets morts, qui dorment. Au contraire, ces œuvres continuent d'inspirer les gens. On a combiné les deux idées et on a invité des gens de tous les horizons, des amoureux de l'art ou des beaux-arts. Il était important que ces artistes ne stagent pas notre œuvre d'art, mais qu'ils créent une nouvelle œuvre d'art. Ce dialogue avec une œuvre de la collection devait faire poursuivre leur propre dialogue avec l'art. Marie Chouinard fait des chorégraphies, mais elle s'est prêtée au jeu. Pierre Lapointe fait de la chanson, mais il a imaginé une installation.

 


Pierre Lapointe & Jean Verville, 2000 et une réalités (2011), Installation // Crédit photo : ©  Photo MBAM, Denis Farley

 

Certains peuvent toutefois penser que ces artistes d'aujourd'hui (un réalisateur, un designer de mode, un chanteur) n'ont pas nécessairement leur place au musée. Vous n'aviez pas peur de la critique?
On ne prend jamais nos décisions sur la peur. En fait, on n'y a pas pensé un seul instant. Et de l'autre côté de la clôture, nous, nous avons beaucoup appris avec l'expo Big Bang. Les artistes sont arrivés avec des idées de mise en scène que nous, nous aurions jamais eu parce que nous sommes des muséologues, des historiens de l'art. On accroche les œuvres d'une certaine façon et non d'une autre. Et déjà, nous nous permettons au musée des libertés avec des couleurs de mur que plusieurs musées ne se permettent pas. Je suis complètement bouleversé par l'installation de Claude Cormier (designer, architecte paysager) et cette tête d'apôtre bourguignonne qui regarde un mur de toutous. C'est  deux mondes qui se regardent à mille ans de distance. Et ça pose une question fondamentale: Que savons-nous de ceux qui nous suivrons? Comment nous regarderont-ils? C'est une question de fond sur la compréhension de l'autre, sur l'histoire.


Est-ce une tendance nouvelle du MBAM, celle de proposer des expositions qui s'enracinent dans la culture populaire et ces autres formes d'art que nous côtoyons au quotidien?
Non, pas tout à fait. Depuis les années 80, nous sommes ouverts à cette dimension. Je dirais même que c'est inscrit dans le code génétique du musée. On a eu des expositions sur le cinéma d'animation. Pierre Théberge, ancien directeur, avait initié une exposition sur les voitures. On a présenté Le musée imaginaire de Tintin. Partout sur la planète, on voit de plus en plus, dans les musées, des expositions sur la mode car ça attire des foules au musée. Il y a aussi eu toutes sortes d'expositions sur le cinéma, nous l'avons fait avec Hitchcock. La musique est plus difficile à exposer, mais nous l'avons intégrer avec Andy Warhol.

 

Quelle a été votre plus gros big bang au sein de ces jumelages d'œuvres et d'artistes?
Jeannot Painchaud du Cirque Éloize m'a beaucoup étonné. Il a vu dans une toile abstraite de Riopelle des moments du cirque en ébauche. Ça m'a réellement désarçonné. Je suis certain que Riopelle aurait aimé ça. C'est encore une fois un point de vue que je n'aurais jamais eu. Une belle idée.

 

Quel a été le jumelage le plus naturel?
Roland Poulain et Soulages. Les deux font dans le noir sur noir, les deux y voient une surface lumineuse. Pourtant, Poulain ne s'est pas inspiré de Soulages dans sa jeune formation. Il avait même cette idée de faire des dessins sur l'acier avant cette exposition. Pourtant, la juxtaposition est étonnante. On dirait qu'ils se sont parlés la veille.

 

Quelle a été l'installation la plus difficile à réaliser?
Techniquement, l'installation de Pierre Lapointe et de Jean Verville n'a pas été évidente. Des petites chaises en PVC ne sont pas faites pour soutenir une charge aussi énorme. Là, elles montent jusqu'au plafond du musée. Au début, aux premiers montages, tout manquait de s’effondrer. On a dû renforcer structurellement. L'oeuvre de Jeannot Painchaud a également beaucoup demandé pour calibrer audio et vidéo. Étrangement, c'est le projet qui s'est le plus rapproché, je dirais, des intentions de base que nous avions lues.

 


Oeuvre de Wajdi Mouawad, inspirée du tableau Autoportrait allaitant de Catherine Opie // Crédit photo: ©  Photo MBAM, Denis Farley

Votre musée de rêve, il ressemblerait à quoi?
Il s'agirait d'une œuvre autour de laquelle un musée y serait construit. Et non le contraire. Et ça ressemble à cette exposition Big Bang, où des artistes comme Gilles Saucier (architecte) ont créé un environnement unique pour contempler une oeuvre de Borduas.

 

La planète serait pleine de musées...
Ah, je sais, c'est un fantasme. Mais oui, c'est vrai, ça ferait un peu trop de musées.

 

Big Bang
Jusqu'au 22 janvier 2012 | Pavillon Jean-Noël Desmarais – Niveau 3 | Entrée libre en tout temps | 
mbam.qc.ca