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L’expo Mens-moi témoigne des 15 ans contestataires de la galerie Art Mûr

Pour célébrer ses 15 ans, la galerie Art Mûr révèle au grand jour ce que vous ne voulez pas voir. L’exposition Mens-moi s’imbrique bien dans les thématiques punchées qui ont mis la galerie sur la mappe depuis 15 ans. Abus sexuels, violence, obésité: Mens-moi s’inspire de l’actualité et provoque en exposant les bobos de notre société.


Clinton Fein, Rank and Defile 1 (2007)

«Les images sont plus fortes que les mots», explique le co-commissaire Rhéal Olivier Lanthier. Par exemple? L’artiste Evergon présente un portrait peu convenu de sa mère, en béquille et dévêtue, malgré son poids et son âge avancé. «On refuse de se voir vieux, dit le codirecteur François St-Jacques, alors que le vieillissement de la population n’a jamais été aussi criant.» De la chirurgie esthétique à la violence au Mexique, l’expo dévoile autant le corps d’une dame âgée que les revers d’un conte de fées. Ainsi, l’artiste Dina Goldstein met en scène une Blanche-Neige qui déchante après le fameux ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. «On répète aux enfants que ce n’est pas bien de mentir, mais on continue pourtant de transmettre l’espoir d’un prince charmant et du père Noël», souligne M. Lanthier.

 


Dina Goldstein, Snow White ("Fallen Princesses")

 

Êtes-vous mûrs pour la vérité?
L’expo met de l’avant des oeuvres qui utilisent autant le scandale que l’humour pour dénoncer. Le co-commissaire explique : «On a voulu trouver un équilibre entre les images percutantes et celles qui font sourire, mais réfléchir.» On ne pourrait d’ailleurs pas passer sous silence cette photo de Jonathan Hobin qui a fait scandale sur CNN, et qui présente deux enfants «jouant au 11 septembre» en reconstituant les deux tours du World Trade Center avec des cubes et un avion.

Cinq jours après le drame du 9/11, un incendie criminel ravage la galerie, alors située sur Notre-Dame Ouest. Art Mûr a depuis pignon sur rue dans Rosemont. «À l’époque, les galeries étaient toutes dans le Vieux ou sur Sherbrooke. C’était le Grand Nord, Rosemont!», rigole St-Jacques. Pourtant, cet éloignement les rapproche de la communauté.


Diana Thorneycroft, A People's History (Riel), 2009

 

«Je me souviens d’une petite fille qui s’arrêtait souvent devant la vitrine, raconte le co-commissaire. On l’a invitée à entrer et elle a écrit un article dans son journal étudiant. Elle devait avoir 9 ans.» Un chauffeur d’autobus qui passe devant la galerie finit lui aussi par arrêter l’autobus pour obtenir de l’information sur une toile en vitrine. «Être confronté à l’art contemporain au quotidien, ça amène à penser autrement», souligne Rhéal.

 


Mens-moi/Please Lie to me
Du 5 novembre au 17 décembre
Art Mûr | 5826, St-Hubert | Métro Rosemont | artmur.com