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Le Mois de la photo à Montréal: 4 tendances lourdes

Si la photo a déjà été classée comme un art mineur au sein de l'univers des arts visuels, ce n'est visiblement plus le cas en 2011. Le Mois de la photo à Montréal témoigne de la force et de la pertinence des photographes contemporains, qui ont ici été sélectionnés par la commissaire indépendante Anne-Marie Ninacs sous le thème Lucidité: vues de l'intérieur. Le résultat est à la fois personnel et universel. Car regarder l'autre, c'est regarder en soi.

 

Il faut s'y prendre d'avance pour couvrir l'ensemble du territoire que propose cette biennale. 25 exposants d'un peu partout sur le globe exposent dans 14 différentes galeries réparties d'est en ouest de la métropole. Une concentration d'oeuvres se trouvent toutefois à l'Arsenal, un tout nouveau centre d'art situé au cœur de Griffintown et qui a ouvert ses portes cet été. Maintenant investi d'une mission artistique, cet ancien entrepôt centenaire de plus de 40 000 pieds carrés est l'oeuvre du riche homme d'affaires Pierre Trahan. Le gigantisme de cette entreprise est spectaculaire et révèle bien le dynamisme propre à la scène visuelle québécoise, qui voit aujourd'hui plusieurs de ses artistes trouver un écho à l'international. Voici notre palmarès des tendances lourdes observées à cet événement tout dédié à la photographie.

 

1. Notre vie privée
Ta vie privée, ma vie privée et celles de nos ami(e)s n'ont jamais été aussi publiques qu'aujourd'hui, via les télé-réalités, les réseaux sociaux et à travers l'art photographique qui est depuis bien longtemps un premier témoin de notre quotidien. Corinne Lemieux pousse encore plus loin la donne en laissant sa caméra pénétrer son intimité. Le résultat est une photo amoureuse du détail, de l'anodin, qui recherche le petit moment affectif de la vie. D'autres noms à retenir: l'Ontarienne Diane Borsato, l'Allemand Hans-Peter Feldman et la Québécoise Raymonde April.

 

 

2. La nature comme expérience spirituelle
Depuis la nuit des temps, la nature est source d'expériences humaines et mystiques. Infinie ou presque, son interprétation nous permet de relativiser la petitesse de nos courtes existences. La photographe japonaise Rinko Kawauchi s'inscrit complètement dans cette mouvance grâce à ses photographies phénoménologiques qui révèlent avec beaucoup de poésie une lumière sur une fleur, un rayon de soleil sur un bloc de béton, une prise de vue sensuelle qui travaille sur les effets éblouissants. Le Québécois Normand Rajotte photographie le même terrain boisé depuis 1997 et partage ce dialogue intime avec la nature, comme le fait également l'artiste pluridisciplinaire Roni Thorn.

 

3. L'art dans l'art
C'est bien de faire de l'art. Mais photographier une manifestation artistique permet de s'assurer d'un dialogue infini sur le fond comme la forme. Le Québécois Massimo Guerrera a beau impliquer ses amis dans ses photographies, il présente avant tout des actions artistiques particulières qui impliquent l'humain, des corps qui embrassent des sculptures, des contenants de plastique ou même des prothèses qui transforment des corps. L'art dans l'art qui influence l'art permet plutôt un regard sur les textures et les formes, sur la normalité et l'anormalité, des questions trop peu présentes dans la vie de tous les jours. D'autres noms à retenir: Yann Pocreau, Jesper Just, Augustin Rebetez.

 



4. Regarder la mort droit dans les yeux
Qui peut se vanter de pouvoir regarder la mort et ses traces sans fuir, sans détourner le regard? C'est pourtant la quête du Canadien Jack Burman qui, dès le milieu des années 80, se rend dans les camps de concentration, les laboratoires médicaux et les catacombes du monde entier à la recherche de ces morts présents dans la vie des vivants. Le résultat est saisissant, à en avoir froid dans le dos. Assurément le plus gothique des photographes, ce Canadien. Un autre nom à retenir: Roger Ballen.

 

Le Mois de la photo à Montréal
Du 8 septembre au 9 octobre 2011 | moisdelaphoto.com