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Rassemblés autour de Jean Leloup, les Last Assassins passent de l’écran à la scène

Moi, trempé par la pluie frette de septembre, au téléphone avec la relationniste: «Salut, je suis au local, pour l’entrevue, mais on dirait qu’il n’y a personne…»

La relationniste: «Ouin, t’es pas au bon endroit. Ce local-là, on l’a plus, on pratique ailleurs, maintenant.»

Moi: «Super.» (Vous auriez pas pu me le dire avant, crisse?)

Disons que The Last Assassins et moi, on était parti sur des bases assez molles. Heureusement, tout s’est réglé quand Virginia Tangvald et Jean Leloup (Mathieu Leclerc était absent) m’ont offert un verre de vin avant de commencer l’entrevue. D’un coup, le froid, le mouillé, le retard et le fait qu’on était encore ante meridiem me semblaient bien accessoires.

Officiellement, le projet a commencé alors que le trio travaillait sur la bande sonore du film Karaoke Dream, réalisé par Leloup. «C’est l’histoire de l’inconscient d’un obèse, dans un bordel rose, qui lui envoie des images de travestis qui se battent avec des putes, qui se crèvent les yeux, etc. Pis à la fin, bang! On comprend tout!» raconte Leloup.

Dommage collatéral
Virginia et Mathieu avaient déjà collaboré avec le chanteur auparavant. Elle avait prêté sa voix au Mille excuses Milady (2009) et lui avait pris part à La Vallée des réputations (2003). L’idée de faire un album est un dommage collatéral plus qu’un projet de longue date selon Leloup: «Je faisais des jams en studio, pis j’avais pas de paroles. J’ai demandé à Virginia pis à Mathieu d’en écrire, pis ça s’est mis à marcher. J’étais juste censé faire deux tounes pour le film, pis c’est devenu un band.»

La division des tâches se fait rapidement. Leloup s’efface un peu en s’occupant majoritairement des musiques et laisse les textes et le chant à ses collègues. «Mathieu voulait pas chanter. À un moment donné, je lui ai dit: ‘’chante tes crisses de tounes!’’»

Virginia poursuit: «La première fois que j’ai entendu Mathieu chanter, c’est parce qu’il avait subi beaucoup d’intimidation de la part de Jean! Il s’est mis à chanter en petite boule dans le studio…» Jean complète: «Pis j’ai trouvé ça très beau, faque je lui ai dit: ‘’t’es chanteur, maintenant!’’»

Le moment vaudou
Pour Leloup, le «qui fait quoi» était moins important que le «comment on le fait». Objectif: une communion totale et spontanée entre les participants, couchée sur ruban. «C’est le moment vaudou. Je ne mets aucune machine et il faut absolument que ce soit bon juste par notre propre force, que ce soit la connexion entre les gens qui fasse le travail.» Le saint Graal de cette philosophie étant une «track» parfaite, enregistrée live, comme dans les années 1940. «Les gens ont pas idée comme ça sonne pas, maintenant, leurs crisse d’albums! Mets la musique des années 1940 dans un bon système, pis tu vas voir; ces gars-là, y tapaient!»

C’est en cherchant le vrai plus que le parfait qu’ils ont accouché de l’album, mélangeant les influences des trois partis présents: le grunge pour Virginia, le country de Mathieu et Leloup y a mis le rock , surtout le genre que faisait Jimi Hendrix. «Je pense à Jimi chaque fois que je joue de la guitare. Je me dis que je ne pourrai jamais être bon comme lui. Faut que tu meures pour être aussi bon que ça. Ça a pas de sens. T’es trop proche du soleil pis à un moment donné, tu brûles.»

Pour l’instant, The Last Assassins, c’est un disque, mais c’est aussi l’envie d’amener ses trois membres sur plusieurs terrains artistiques, de l’écriture au cinéma. Pour Virginia: « The Last Assassins, c’est pas un groupe, c’est un moment dans le temps.»  La membre féminine du groupe (ou du moment?) pousse la réflexion plus loin en comparant leur travail à celui du Velvet Underground, mais est vite stoppée par Leloup: «Ça ressemble pas du tout! Le Velvet Underground avait un gars qui avait du cash (Andy Warhol), pis moi, j’en ai pas de cash! »

La rentrée montréalaise de The Last Assassins se fera dans le cadre du Electric Voodoo Night, un spectacle de Leloup durant lequel les assassins viendront tuer quelques pièces.

Jean Leloup & The Last Assassins
23 septembre | Rialto
5723, Du Parc
thelastassassins.com