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Art/Crime à Fantasia: décortiquer le procès du maquilleur Rémy Couture pour corruption des moeurs

2410 ans après que Socrate fut condamné à mort pour corruption de la jeunesse, la police des mœurs récidive à nouveau avec Rémy Couture. Depuis 2009, le fondateur du site gore Inner Depravity attend patiemment de savoir s’il sera déclaré coupable pour corruption des mœurs et de publication de matériaux obscènes.

Selon son avocat Dominique Bouchard, si ce maquilleur professionnel perd sa cause en cours, non seulement Rémy sera passible d'une peine de deux ans en prison, mais cela pourrait aussi créer un précédent historique. Au Québec, il n’existe aucun cas de jurisprudence entourant la production d’un matériel «gore», donc l’inculpation de Rémy pourrait se traduire comme la fin de cette forme d'art. Un verdict effrayant!

Pour s’assurer que le public puisse se faire sa propre opinion sur le cas de Rémy et qu'il puisse apprendre un peu plus sur le gore, le réalisateur Frederick Maheux a interviewé divers intervenants du milieu dans le cadre de son documentaire Art/Crime. Le film sera projeté en première mondiale au festival Fantasia ce jeudi 28 juillet. La projection du film sera suivie d'un vernissage de l’œuvre de Rémy Couture aux Foufounes Électriques à partir de 21 heures. Rencontre avec Frédéric pour mieux comprendre l’ampleur du procès de Rémy Couture.

 

Quelle était votre inspiration au moment d'entamer le tournage de Art/Crime ?
J’ai toujours apprécié les films d’horreur. En plus, je connaissais déjà Rémy au début de Inner Depravity. Lorsque j’ai assisté aux premières audiences de son procès, j’ai vite réalisé que la couverture médiatique du procès ne me satisfaisait pas. On ne demandait pas aux bonnes personnes d’intervenir. J’ai donc voulu donner la parole à des gens qui avaient réellement réfléchi aux limites de la diffusion artistique sur Internet. 


Vous illustrez justement dans votre film comment la couverture médiatique du procès semblait diaboliser Rémy.  
Pour être objectif, je voulais présenter la réalité que chaque parti offrait, autant du côté de Rémy que du corps policier. J’étais aussi intéressé à montrer les conséquences qu’avaient leurs paroles. Il était très important pour moi de remettre les pendules à l’heure après le traitement des médias de l’événement.

 
Les cas de procès pour obscénité sont intéressants car ils offrent souvent une vitrine inattendue pour faire connaître l’œuvre d’un artiste.  

Ce genre de procès crée de la promotion pour un artiste. Pensons à Mike Diana. Personne ne connaîtrait cet artiste s’il ne s’était pas fait arrêté pour ses bédés Boiled Angel. Le cas de Rémy est encore plus intéressant parce qu’il est lié au phénomène de l’Internet. L’Internet fait partie de nos vies mais on comprend mal les implications reliées à diffuser du contenu sur le web. Par exemple, les législations de ce que l’on peut diffuser sont différentes d’un pays à l’autre.

 
Il est impressionnant de constater qu'un large spectre de la population appuie Rémy. Quelles sont les raisons qui pourraient expliquer cet appui?

Il y a de plus en plus de gens qui aiment le cinéma d’horreur. Pensons à l’ascension de la torture porn avec des films comme Décadence. En plus, Rémy est un artiste charismatique qui était déjà connu par plusieurs amateurs de films de genre. Je pense aussi que le public a réalisé qu’il était irresponsable de dépenser de l’argent public pour un tel cas.

 
Parallèlement au public, plusieurs artistes ont pris la défense de Rémy. Pourquoi?
Les artistes ont souvent peur lorsqu’on commence à tirer sur le fil de la censure, car ils savent que cela peut rapidement dégénérer. Dans ce cas, il est aussi intéressant de voir des personnalités de droite telles que Mario Dumont appuyer Rémy. Mario défend l’idée que l’État ne devrait pas s’ingérer dans le milieu des arts.

 
Est-ce qu'il arrive aux artistes gore d'avoir peur d’influencer des gens à agir de façon violente?
Je ne pourrais pas répondre pour tous les artistes. Selon moi, une image ne peut pas amener quelqu’un à faire des gestes dommageables. Je pense que c’est le contexte dans lequel une personne regarde un film qui doit être considéré. Cette personne est-elle dérangée ? A-t-elle vécu des traumatismes ? Marie-José Mondzain a écrit un livre incontournable sur le sujet intitulé: L'image peut-elle tuer ?

 

Art/Crime
28 juillet à 19h

Salle J.A. De Sève de l'Université  Concordia | 1400, De Maisonneuve O. | artcrimefilm.com