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3 juin, 2011 - 12:12 FTA

Dave St-Pierre au FTA: le danseur culotté s'interroge sur «What's Next?»

What’s Next? Après avoir charmé, choqué, et fait salle comble notamment avec les deux premiers volets de sa trilogie, La pornographie des âmes et Un peu de tendresse bordel de merde!, Dave St-Pierre se le demande. Avec Brigitte Poupart, sa grande amie, qui, dit-il, est rendue au même questionnement que lui, il s’est donc embarqué pour le projet What’s Next?. «On est dans un délire, on s’interroge sur plein de choses: c’est quoi le métier qu’on fait, à quoi ça sert…»

S’il se montre ultra sympa dès les tout premiers instants de notre rencontre, le danseur chorégraphe extraordinaire, comme disent les British, finira par avouer que les entrevues, c’est loin d’être son truc. «J’ai toujours eu et j’ai encore une écoeurantite aiguë de faire ça. Pour être franc, ça m’emmerde totalement. Je ne sais plus quoi dire, je ne sais plus quoi faire.»

Pourtant, il nous parlera de plein de choses, et se montrera à la fois généreux, drôle et passionné. Au cours de la discussion, il sera question notamment de la majorité écrasante des conservateurs de Harper, contre lesquels il avait fait une sortie, sous forme de poème, en 2008, lors du lancement de la programmation au Théâtre La Chapelle. «J’ai fait ça, moi?! Ah oui!» Le soir des élections, il raconte avoir regardé les cartes, avec les p’tites couleurs différentes et tout. «J’ai vu ça et j’ai pensé: le Québec est rendu ailleurs. On n’est pas avec cette gang-là.» Mais plutôt que d’aller seulement contre, St-Pierre propose aussi d’aller avec. Les «fuck», il aime en lancer, beaucoup et souvent, mais jamais gratuitement. Les plus gros, il les agrémente de fioritures, exemple, «you in the ass», qu’il réserve aux plus fermés d’esprit. Et puis si ça lui fait perdre quelques subventions, tant pis. Il a un plan. «Si j’ai plus d’argent, j’irai tourner des boulettes chez McDo.»

 

Saint-Jérôme’s got talent
Un autre point qui touche Saint-Pierre demeure le statut d’artiste. «Quand tu vois tout ce qui s’écrit sur nous, c’est un peu épeurant. On n’est pas très bien vus ces temps-ci. Il y en a plein pour dire : les artistes, c’est juste des chiâââleux.» Des artiss deux s? «Oui, pis un z devant. Les criss de zartiss.»

Par le biais de ses mots, de son regard, on voit à quel point il respecte son public, celui qui le suit depuis le début, ou depuis peu. «Je privilégie les gens qui viennent voir mes spectacles, je n’essaye pas de les infantiliser, de les prendre pour des caves», affirme-t-il. Pourtant, il rêve de danser pour une salle remplie «de p’tites madames et de p’tits monsieurs de Brossard et de Longueuil». Pour une raison simple : «Pour que les gens voient autre chose. Émily Bégin, c’est bien beau, mais y’a une autre personne de Saint-Jérôme qui a du talent, pis c’est moi.» 

Celui qui confie passer de plus en plus souvent à la télé, et «utiliser au moins 80% de ce temps d’antenne pour parler et faire avancer la cause de la danse contemporaine», observe, le regard brillant, que What’s Next? prend parfois des airs de suicide artistique. Il s’est pourtant demandé, avec Brigitte, s’ils allaient assez loin dans ce show. Et s’ils allaient trop loin? «Je ne me pose jamais cette question.»

 

Moi et les autres
Lui qui a eu une greffe de poumons il y a de cela deux ans, ne parlera qu’une fois de la maladie, et ce, brièvement et honnêtement. «Malgré tout ce que les gens peuvent en dire, elle est là. Mais c’est aussi elle qui m’a permis de parler à un public plus large de la danse contemporaine.»

Il se montre tout aussi honnête lorsqu’il est question de ce que cet art lui apporte: «Dire qu’on fait ça juste pour le public, ce n’est pas vrai. Je ne suis pas carriériste, je ne veux pas que tout le monde m’aime, mais c’est clair que c’est le fun de se faire arrêter dans la rue pour entendre: ‘hey, j’ai vu tes shows pis ça m’a bouleversé’. Ça me fait tripper de le faire et je me dis qu’il y aura sûrement des gens qui vont tripper à le regarder.»

 

Avancez, svp
Mais si la majorité trippe solide, dans beaucoup de papiers qui ont été écrits sur Dave St-Pierre, on fait état, encore et toujours, de la fameuse nu-di-té. Le danseur/chorégraphe aborde lui-même cette question afin de nous dire à quel point, et on le comprend, ça le gonfle de toujours revenir là-dessus. «Beaucoup de gens demandent encore pourquoi la nudité. Moi je dis MOVE ON! On est en 2011! À un moment donné, tu fais, c’est un pénis, des totons pis une vulve. Merde!»

Ouaip, St-Pierre n’a pas la langue dans sa poche, mais c’est pour ça qu’on l’aime tant. Certes, il gueule contre les starlettes préfabriquées, contre la grosse business lucrative que l’on travestit en art, et contre les articles à la «Que sont-ils devenus?» du 7 Jours qui s’intéressent aux vieux candidats du Loft d’y’a quatre ans, mais il dit que d’un autre côté, la machine, il la connaît aussi. «J’ai été danseur pour Notre-Dame de Paris pendant deux ans, donc je sais ce que c’est.»

Reconnu pour aider les artistes de la relève à prendre leur envol – en janvier dernier il a mis en scène la pièce Moribonds de Sarah Berthiaume –, St-Pierre a aussi baigné dans l’univers plus grand que nature du Cirque du Soleil, pour lequel il a signé les chorés de Love et remanié certaines du show Zumanity. Ça, Dave, t’as aimé? «Mmm, c’est trop gros. Il faut que tu passes par l’assistante de l’assistante de l’assistant de l’assistante de l’assistant pour parler à quelqu’un qui est comme debout à côté de toi.» 

Le Cirque Éloize, avec qui il travaille en ce moment, ça par contre, il adore. «C’est comme une petite famille.» Sa compagnie à lui aussi, il veut la garder la plus petite possible. «Il y a moi, une administratrice, un agent. C’est tout. Je n’ai pas de décor, je voyage juste avec mes danseurs. J’arrive dans le théâtre et je demande: ‘Avez-vous 15 chaises? Oui? Y’en a une qui n’est pas pareille? C’pas grave! Mettez ça là!’» Mais malgré tous les voyages, et l’Europe qui le courtise et lui donne bien plus de sous pour créer que ne le fait notre Conseil des arts, St-Pierre avoue qu’il serait incapable de quitter Montréal. «Je suis trop accroché. Ma gang et tous ceux avec qui je travaille sont ici. Après dix ans à construire, mes choses commencent vraiment à bien fonctionner. Je ne pourrais pas laisser tomber mon monde.» 

Et puis il y a ces petites choses simples qui lui manquent lorsqu’il se trouve sur la route: «Manger chez nous, cuisiner, faire mon shopping dans la P’tite Italie…» D’ailleurs, parlant bouffe, l’homme est de ceux qui refusent catégoriquement le tout cuit, créativement parlant. «Je ne veux pas que mes shows soient des beaux p’tits plats qu’on met au micro-ondes, qu’on réchauffe et qu’on montre aux spectateurs.» Il dit être conscient de ne pas plaire à tout le monde. «Mais faire l’unanimité, ce n’est pas intéressant. J’espère ne jamais faire l’unanimité un jour.» 

 

Eh ben
Après l’entrevue, Dave St-Pierre enfile le costume de tout-nu que notre photographe a déniché, avec poil en laine sous les bras et membre érectile (tirer sur la cordelette invisible pour activer). Puis nous allons faire une p’tite balade au parc Jarry. Alors qu’il prend la pose pour notre photographe, tenant tour à tour dans ses bras un joli bébé nommé Livie (merci à sa gentille maman de nous l’avoir ‘prêtée’), et quatre chiens en laisse répondant aux noms de Roxanne, Autumn, Bobo et Spirit (merci à Tom au gilet des Nordiques de nous les avoir passés), on se fait la réflexion que putain, ça c’est un artiste qui a des couilles.

 

What’s Next?
Présenté au Festival TransAmériques du 6 au 9 juin
1300, Saint-Patrick, angle Wellington