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Festival Voix d'Amériques: l'ancienne Factory Girl Penny Arcade joue aux provocantes

Il y a des vies qui commencent comme ça, un peu tout croche. Celle de Penny Arcade, de son vrai nom Susana Ventura, a commencé assez raide merci, quand à treize ans, elle s’est sauvée de sa maison et du joug d’une famille italienne ultratraditionnelle. «Je viens d’un lieu où les femmes n’ont pas le droit de parole», se souvient-elle aujourd’hui. On l’a jointe dans son 212, indicatif régional d’un New York qu’elle a habité, qu’elle habite encore, de sa personnalité explosive.

Ayant changé de nom pour devenir Penny Arcade par un bon matin de descente d’acide, c’est dans les rues qu’elle a débarqué et vécu, alors qu’elle n’était encore qu’une gamine ou presque. «J’ai toujours été fragile, j’ai toujours été différente. La seule parmi les autres, the one among the many. Les humains sont une meute. Quand tu es un original, ils te rejettent. En même temps, ils te vénèrent... quand tu meurs! Suffit de voir à quel point la mort a rendu Jésus populaire.»
 
Solitaire et sensible, Penny a trouvé le réconfort que ses pairs lui refusaient dans sa relation, fusionnelle, avec un public qui l’adore. Devant lui, elle parle de féminité, d’homosexualité, de violence. Ses spectacles ont des titres équivoques qui ne mentent pas. BITCH! DYKE! FAGHAG! WHORE! en est un des plus illustres. 
 
Durant ses performances, Penny choque et se choque. Parmi les choses qui continuent de l’agacer, elle mentionne la recherche de célébrité instantanée, l’arrogance de notre époque, l’âgisme. «Aucune artiste de 25 ans ne peut rocker plus que moi! C’est impossible!» nous dit-elle, avant d’enchaîner sur une série d’autres revendications: «Le concept des ‘artistes émergents’, c’est complètement arriéré! Moi, j’ai grandi dans les années 60. Je faisais partie du youth-quake. Ils ont essayé de nous faire croire que nous, les jeunes, on était dans le vent, que nous, les jeunes, on était in. Mais nous étions moins cons que la masse: on savait qu’ils avaient tort.»
 
 
POP
À la fin des années 1960, avec ses grands yeux mélancoliques et son look sublime, Penny était une Factory Girl. Une Factory qu’elle a fuie, refusant de se plier plus longtemps aux diktats d’un Andy Warhol en dérape et en quête déraisonnable de célébrité, de richesse. Les raisons qui l’ont poussée à se sauver, on les imagine similaires à celles l’ayant motivée à délaisser sa famille. «En fait, je suis une fille intelligente, rectifie-t-elle. Je sais ce que je veux. J’avais compris très vite qu’Andy voulait exclusivement rencontrer des gens pleins de fric. Après deux ans et demi, je trouvais ça d’un ennui! Il était allé jusqu’à instaurer le concept Rent a star. Les gens payaient pour que nous assistions à leurs soirées, c’était complètement débile.»
 
Débile mais grisant, non? «C’est vrai que c’était une époque excitante. Mais Andy et moi, on ne voulait pas la même chose. Si j’étais restée auprès de lui, je serais probablement aussi célèbre que Debbie Harry ou Patti Smith. Mais j’ai choisi d’aller voir ailleurs. Et j’aime ça, de moi.»
 
Il y a des vies qui commencent comme ça, un peu tout croche. Mais qui finissent bien aussi: «J’ai eu une vie triste. Mais je ne suis pas pour autant une triste personne.»
 
 
 
 
New York Temptation: Waldman — Arcade — Holman
Mardi le 15 mars à 20h | Festival Voix d’Amériques | Sala Rossa | 4848, St-Laurent