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Monia Chokri: l'actrice des Amours imaginaires joue désormais dans la cour des grands

En arrivant au chic Hôtel de la Montagne, j’aperçois Monia Chokri qui fume une cigarette en parlant au téléphone. «Justement, je me demandais si tu fumais autant que ton personnage dans Les Amours imaginaires?» que je lui demande alors que nous sommes installées sur des banquettes en cuir, dans un recoin sombre du bar de l’hôtel, où, me dit Maxyme, le photographe du NIGHTLIFE, il y a des 2 pour 1 sur les 5 à 7 et des chips un peu trop huileuses gratis. Pas mal.

«J’ai arrêté après le tournage! Je suis comme extrême, alors je me suis mise à aller au yoga chaud tous les jours et à boire du thé vert. Après quatre mois, j’ai recommencé. D’ailleurs, tu me fais penser, faudrait que j’arrête.»
 
 
Tapis rouge
Ça va vite dans la tête de Monia Chokri. Et dans sa vie. À 27 ans (elle compte maintenant une année de plus), elle a été catapultée du jour au lendemain dans la cour des grands. Le tapis rouge. Cannes. Les Français ont adoré le film de Xavier Dolan et ont craqué pour le jeu de Chokri en Marie un peu guindée, très vintage, et pâmée sur le beau Niels Schneider. «C’est quand même assez hallucinant... Tout à coup, tu te retrouves durant un souper à la même table que Juliette Binoche. Pour eux, c’est normal, c’est leur vie. Et toi ben... tu fais comme si c’était normal!»
 
Pas de doute, ça change une carrière. Ouvre les portes. Mais rien n’est jamais gagné; un mauvais film et on est vite oublié, barré. «Les gens ont une mémoire de poisson rouge par rapport à ce métier-là. Un jour tu es la saveur du mois, puis après, c’est quelqu’un d’autre, c’est fini.» 
 
Monia a ainsi vécu l’étrange expérience du personnage public. On a commenté son âge (elle est la preuve vivante qu’on peut percer même si on est... vieille!), ses goûts vestimentaires (la robe rayée qu’elle a portée à Cannes, cadeau de Xavier Dolan, a fait fureur), son apparence physique (elle serait une beauté atypique): «C’est weird pareil, tout à coup tu deviens un produit, les gens parlent de toi comme si t’étais un objet. À un moment, faut juste que t’arrêtes de lire ce qu’on dit sur toi. Mon métier, c’est pas de faire des émissions de cuisine ou de me faire évaluer sur mon style, même si moi aussi, j’aime ça regarder des magazines où on voit des vedettes avec leurs robes...»
 
 
Paris-Montréal
Justement, elle revient de Paris. Une semaine pour s’amuser avec ses amis et rencontrer entre deux fêtes son agent parisien. Car l’actrice, qui a grandi avec le cinéma français, aimerait bien faire du cinéma chez les cousins, un rêve dont elle ne se cache pas. 
 
En attendant, elle en a profité pour bien faire la fête à Paris, où elle a de très bons amis branchés sur la vie nocturne: «Paris, c’est une ville secrète, avec ses endroits cachés et ses soirées privées. Il y a un nightlife, mais il faut le connaître. Et c’est toujours des soirées grandioses! J’aime beaucoup sortir, pas forcément parce que je suis une fille de fête, mais parce que j’aime les affaires incongrues. Paris, c’est une ville où tu ne sais jamais où l’aventure va te mener.»
 
Vivre à Paris? Elle aime mieux profiter du meilleur des deux mondes. «Il y a des choses qui m’énervent à Paris, d’autres qui m’énervent à Montréal. Paris, c’est très snob, tout est dur, même les rapports humains. Tout le monde est bête... avec en moyenne 20 agressions par jour, tu finis par devenir en tabarnak toi aussi!»
 
Si elle apprécie la convivialité de Montréal, le milieu, ses amis, le travail, on sent que, parfois, la ville est trop petite pour elle: «Ces endroits secrets de Paris, tu ne peux pas avoir ça à Montréal. Les places qu’on aime ne restent jamais un secret bien gardé et finissent par se travestir.»
 
Elle en sait quelque chose, elle qui travaille comme DJ à la Buvette chez Simone (un métier qui est beaucoup plus qu’un sideline pour l’actrice, qui se dit collectionneuse compulsive de musique). L’endroit est aujourd’hui victime de sa popularité. On lui demande du Lady Gaga. Et même les joueurs «kétainous» du Canadien et leurs «ginettes» sont venus y faire un tour. Décidément…
 

Dans un cinéma près de chez vous
Alors qu’on avait annoncé le tournage du film Boucherie Halal pour décembre, où elle incarnera une musulmane qui tente de s’adapter à sa nouvelle vie au Québec, Monia nous apprend que le tournage a finalement été reporté à une date inconnue. À voir sa moue, on se prend à douter que le film aura bel et bien lieu.
 
Par contre, le nouveau projet de Dolan, Laurence Anyways, est bien sur les rails et un premier pan de tournage est prévu pour la fin février. Elle y joue une lesbienne qui travaille dans un sex-shop, «en rupture avec son éducation bourgeoise d’Outremont», et qui se trouve à être la soeur de Suzanne Clément (qui interprète la blonde de Melvil Poupaud, le personnage principal).
 
Coïncidence, c’est aussi une homosexuelle qu’elle jouera dans la pièce de théâtre Transmissions, de Justin Laramée, un thriller surréaliste (avec des animaux qui parlent!) présenté au Théâtre Aux Écuries ce printemps et qui s’intéresse à la question de la transmission des valeurs familiales. «Je sais pas trop, j’ai peut-être un karma! De toute façon, ce sont deux personnages très différents. Dans cette pièce, l’homosexualité est plutôt un prétexte pour parler d’une manière d’aimer, de concevoir l’amour.»
 
 
La révolution du jasmin
Comme Monia a du sang tunisien (de par son père, le peintre Ahmed Chokri), je ne peux m’empêcher de lui parler de la révolution qui a ébranlé la Tunisie. «En Tunisie, la dictature était très sournoise, pas visible pour les touristes. En fait, les Tunisiens avaient troqué leur liberté d’expression contre une certaine paix sociale. La preuve, finalement, que la liberté d’expression, c’est vraiment un besoin. Ça m’a beaucoup touchée ce qui est arrivé. Pas tant parce que je suis patriotique; pour moi la question de nationalité n’est pas si importante, c’est plutôt la dignité humaine, le soulèvement social qui me touche. Ma mère est syndicaliste, ça doit être dans mon sang!»
 
L’entrevue est terminée, c’est l’heure du shooting photo. La main de Monia plonge dans le plat de croustilles. «J’adoooore les chips!» me lance-t-elle, avant de disparaître dans l’ascenseur.
 
Dans le hall d’entrée, un groupe d’hommes d’affaires s’engouffre avec leurs valises, laissant entrer avec eux le vent glacial: moins 18, qu’ils ont dit aux nouvelles. C’est quand, déjà, le printemps, que poussent les jasmins?
 
 

 

 
Transmissions
Du 29 mars au 16 avril
Théâtre Aux Écuries | 7285, Chabot