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28 janvier, 2011 - 11:11 Armistice

Armistice: Béatrice Martin partage son coeur de pirate avec un Bedouin Soundclash

En 2009, une sombre compagnie de boissons gazeuses (Coca-Cola) fait appel au rappeur Kardinall Offishal et au chanteur de Bedouin Soundclash, Jay Malinowski, pour enregistrer une chanson destinée à sa nouvelle publicité.

Pour être certaine de rejoindre les deux solitudes, la compagnie désire y ajouter une voix féminine et francophone. Malinowski propose Béatrice Martin (alias Cœur de Pirate). La chanson se fera, amenant dans son sillon la prémisse d’une histoire de couple et de musique. Rejointe au milieu du désert californien alors que le duo tourne un clip, la chanteuse québécoise nous parle de ce nouveau projet.

Début des hostilités
Quelque temps après l’enregistrement de la chanson cokée, Malinowski relance la chanteuse par courriel, lui demandant si elle est intéressée à faire de la musique avec lui. «Moi, je pensais qu’il me niaisait! Finalement, je suis allée à Toronto pendant une semaine et on a écrit des chansons», relate Béatrice. Les deux auteurs-compositeurs travaillent dans leurs temps libres, sans idée musicale précise ni projet concret en tête. «Au début, ça ressemblait juste à un autre album de folk normal. C’est quand on a décidé dans quel style on voulait aller que tout s’est mis en place», poursuit-elle. Ce style, qu’on pourrait qualifier de «chicano-americana» (pensez She & Him rencontrant Calexico), n’est pas le résultat d’un long et violent processus de création, mais plutôt d’un simple flash de Jay: «Jay a eu une idée de fou. Il a dit: ‘‘je connais les gars de The Bronx. On pourrait leur demander ce qu’ils en pensent.’’ Et ils ont embarqué.»

Quand on connaît les premiers enregistrements punk-hardcore de The Bronx, le lien entre la musique d’Armistice et celle du groupe californien semble ténu. Par contre, en 2009, par l’entremise d’un projet parallèle nommé Mariachi El Bronx (original, non?), le groupe a, comme son nom l’indique, produit un album de musique de mariachis qui s’intégrait parfaitement à l’esthétique recherchée par le duo. «Y’a personne qui fait ce genre de musique au Québec à part Ima!» rigole la chanteuse.

Suite à l’arrivée de The Bronx dans le portrait, tout bouge très vite. Le couple se rend à Los Angeles, où ses nouveaux associés possèdent un studio. Pas de préproduction, pas de réalisateur, juste quelques idées de chansons et plusieurs musiciens pour les jouer. «On n’avait rien! On se basait sur des beats de drums et une fois qu’on avait la rythmique, on bâtissait par-dessus», décrit Béatrice.

La bande accouche de cinq titres en cinq jours, assez pour un EP. Cette façon de faire un peu grunge a plu à la chanteuse: «Y’a des bouts où ça fausse, le piano est faux pis c’est pas grave, j’aime ça! C’est un produit fini, ça sonne vraiment comme un disque, mais avec les imperfections d’un EP enregistré en une semaine», témoigne-t-elle. Habituée aux structures de travail plus rigides, elle a trouvé dans ce dérapage contrôlé quelque chose de prophétique. «On est tellement habitués à faire toutes sortes de choses à la lettre… Ça m’a fait du bien, j’ai réalisé plein de choses!» ajoute-t-elle, précisant néanmoins que cette façon spontanée de travailler ne s’adapterait pas vraiment aux enregistrements de Cœur de Pirate.

Un gars, une fille
Ici, c’est le projet de Cœur de Pirate et de son chum. À Toronto, on parle du projet de Jay Malinowski et de sa blonde. Sans vouloir «clindoeiliser», difficile de passer à côté du fait que les deux artistes forment un couple dans la vie comme sur disque. Le thème du couple revient souvent au fil de la conversation. «L’armistice, c’est un traité de paix qui annonce la fin de la guerre, mais ça ne veut pas dire que la guerre est complètement finie. C’est une allusion directe à ce qui se passe dans un couple… Des fois, c’est difficile de revenir en arrière et de laisser tomber certaines choses», résume Béatrice.

Toutes les chansons sont des œuvres collaboratives du couple (sauf «Jeb Rand», qui est une reprise de Bedouin Soundclash). Même si la conception n’a pas été aisée, la chanteuse a apprécié le défi: «C’était une épreuve, mais dans le sens positif. […] Écrire avec quelqu’un qui fait ça depuis beaucoup plus longtemps que moi et qui est pas mal meilleur que moi, c’est tout un challenge!»

Le défi s’est poursuivi jusqu’en studio: «Pour la première fois de ma vie, c’était pas moi la princesse! Je n’avais pas mon mot à dire sur tout.» Dernier défi, celui de la langue. Bien qu’elle ait déjà composé en anglais («mais pas vraiment», précise-t-elle), la chanteuse a dû revoir ses connaissances linguistiques. «Des fois, j’arrivais avec des textes pis Jay me disait juste: ‘’ça, ça se dit pas en anglais!’’ Toutes ces années à regarder Sesame Street… À la poubelle!»

La situation contraire ne s’est pas présentée, puisqu’il semblerait que le français de Jay se limite à «canard» et «jeu né pâwrle pas frwancé».

Quand l’idée de couple est présente dans un projet musical, on imagine bien que celle de «qu’est-ce qu’on fait si on se laisse?» doit aussi être évoquée. «Au début, on avait de la misère à savoir si on travaillait pour être ensemble ou si on était ensemble pour travailler, indique Béatrice. Mais on est assez balancés comme êtres humains pour faire la différence.»

La question de «la suite» se pose quant à elle plus ou moins, puisque pour l’instant, l’objectif est seulement de faire entendre les chansons. «Je veux juste que ça sorte. Je veux voir comment les gens réagissent. À la base, c’était un trip. On l’a vraiment fait par amour… J’espère que ça va bien se passer», affirme la jeune femme.

Comme les deux artistes sont occupés avec leur emploi principal, il n’y a pas de tournée prévue, pas même de spectacles. «On va peut-être faire des exceptions, mais pas vraiment de tournée. Peut-être des festivals cet été… Ça serait cool de faire venir The Bronx.»

Pas de détails non plus à savoir si Coca-Cola sera remerciée dans la pochette de l’album. «Ça serait drôle, mais faudrait pas leur donner trop de crédit non plus!»

Armistice EP: sortie le 15 février sous Dare To Care Records/Pirates Blend
armistice.bandcamp.com

 

Mise en beauté: Amélie Bruneau Longpré (Gloss Artistes)
 
Merci à Julie Lavallée et Maxime Codère