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Rick Ross: Don Rozay, plus big que toi

Un jour, tu as visionné la vidéo de «Every day I’m hustlin’» sur YouTube et tu t’es dit que c’était bon. Tu trouvais Rick Ross un peu corpulent, probablement pas destiné à un succès de masse, mais tu t’es souvenu à temps de Biggie, Fat Joe, Heavy D (qui n’est de nos jours même pas si gros, anyway), Biz Markie et Big Pun. Sauf que Rick Ross n’est pas un «gros sympathique». Selon la légende qu’il a lui-même forgée, c’est un distributeur de cocaïne qui règne en «bawss» sur le port de Miami.

Celui qu’on surnomme aussi Ricky Rozay alterne sans cesse entre le grandiose et le ridicule, sans jamais perdre une once de pertinence. Il n’a guère souffert du sophomore curse: après un Port of Miami (2006) qui l’a vu exploser dans le monde du hip-hop, son deuxième album, Trilla (2008), était encore plus solide. Comprenait encore plus de collaborations-chocs (R. Kelly, Nelly, DJ Khaled, T-Pain, Mannie Fresh, Trey Songz…). Était encore plus dramatique dans ses arrangements musicaux.

Car Rozay ne donne pas dans le hip-hop style malbouffe cher à Lil Wayne, par exemple, qui enregistre des chansons plus vite que son ombre sur les beats de n’importe qui. Il choisit soigneusement ses producteurs et ses beats ont une musicalité soul, inspirée de Motown et des meilleures trames sonores blaxploitation. C’est cette oreille toute particulière pour le hook qui tue qui a amené des géants comme Jay-Z ou Kanye West à devenir des collaborateurs réguliers.

Le site The Smoking Gun publiait, en juillet 2008, une photo de Ross en gardien de prison, révélant ainsi qu’avant d’être un rappeur populaire, il avait passé 18 mois à l’emploi d’une prison de Floride dans les années ‘90. Toujours bon pour la street cred si chère au milieu…

Plus gros que nature
Son personnage de «boss» est inspiré par les trafiquants de cocaïne colombiens, auxquels il rend largement hommage sur son troisième album, Deeper Than Rap. Il intègre aussi à son folklore les membres incarcérés de la Black Mafia Family dans son album de 2010, Teflon Don, plus particulièrement dans la pièce « BMF (Blowing Money Fast)».

Teflon Don est un album sur lequel Ross est plus cohérent et lyrique que jamais, malgré quelques moments qui défient la logique – dans la pièce «MC Hammer», par exemple, il proclame: «I got 30 cars, a whole lot of dancers, I take them everywhere… I’m MC Hammer. Started selling dough, I’m too legit to quit, when its hammer time, I’m pulling out the stick».

La liste de featurings est encore une fois impressionnante (Cee Lo Green, Drake, John Legend, Diddy, Erykha Badu, Raphael Saadiq) et les pistes ont été choisies parmi une multitude produites. Les chansons élaguées se sont en partie retrouvées sur les deux mixtapes que Ross a lancés avant et après l’album, respectivement le Albert Anastasia EP et Ashes to Ashes, tous les deux disponibles gratuitement sur le web.

Comme beaucoup de rappeurs, Rick travaille d’arrache-pied pour rester visible, multipliant les tournées promotionnelles, les featurings sur les chansons de ses amis, des apparitions dans des vidéos ainsi que dans ses propres petits films du «Unstoppable Maybach Empire» (surnom du label qu’il a fondé, Maybach), souvent tournés rapidement et le laissant paraître.

Est-il alimenté, comme il le prétend sans cesse («Rozay, that’s my nickname/Cocaine running in my big vein»), par la coke? Comment se fait-il que la quantité industrielle de cannabis (allez faire un tour sur worldstarhiphop.com et faites une recherche dans la section vidéo) qu’il consomme ne l’endorme pas?

À quel Rick Ross aura-t-on droit, lors de sa visite à Montréal? À celui qui se pousse pendant les Soul Train Awards parce qu’il a perdu face à Eminem, ou à celui qui s’acharne sur 50 Cent depuis presque deux ans?

Que Ross soit une supercherie ou non importe peu – c’est un véritable artiste et dans l’industrie où il évolue, c’est tellement rare…

Rick Ross
16 janvier | Olympia
1004, Sainte-Catherine Est          
avec Craze, Milli Millz, M.A.G.N.U.M., Baxter Dexter; les DJ Kwite Sane, Midas, Blaster et les MC Keith Dean et Vulguerre
www.teflondonross.com

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