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1 décembre, 2010 - 16:04 Victime de la porn

Victime de la porn: la fin du poil

Nous étions trois copains assis sur des gros poufs dans un sous-sol. Début des années 90, milieu de l'adolescence, et fin des Pixies avec Trompe le monde qui rock solide. Nous aurions pu parler de l'influence de ce band sur ce nouveau et mystérieux mouvement grunge provenant de Seattle. Naaaah. Un de mes acolytes de pouf a préféré relever ses jeans pour faire grand état de son velu tibia.
 

« Checkez-moé la brousse! » dit-il, non sans fierté.
« Moi aussi, r'garde! » surenchérît l'autre bûcheron, poilu foncé jusque derrière les mollets.
 

Vous dire à quel point je complétais mal ce trio... Je n'en étais même pas à l'étape du pinch mou. J'avais à peine un semblant de duvet blond le long des favoris. Je me souviens encore de cette humiliation ultime. Je m'en souviens chaque fois qu'on me trouve trop poilu.
 

L'ironie du destin a voulu que mon corps mette progressivement ma pilosité à ON exactement au même rythme que la société a mis la mode du poil à OFF. Super! Maintenant que le poil est rendu un signe de malpropreté infecte, évidemment, là, j'en ai partout. Comme le grunge, le poil est passé de mode. Il s'est perverti, corrompu, commercialisé. On aime encore le poil, mais le poil contrôlé. Le poil trimmé, ajusté. Le poil Sébastien Benoit. Même les brutes se sont David Beckhamisées. C'est maintenant l'ère des imberbes prépubères à la Michael Cera.
 

Alors qu'avant, le poil servait à se distinguer des enfants, maintenant, il sert à te faire passer pour un vieux hippie bactérien beurk. Même dans la porn, les gens « au naturel » sont devenus un fétiche limite déviant. On le voit par l'esthétisme des vidéos. C'est filmé cheapo comme un freak show. Comme la porn avec des nains ou avec des grannies (ou avec des naines grannies).


Même l'épilation en tant que telle est devenue plus séduisante que le poil qu'elle arrache. Chaque section épilée symbolise une invitation à se faire lécher. Une grande sage a déjà dit : « Dis-moi où tu t'épiles et je te dirai où je mange. » Même moi, pourtant victime de cette mode, désire ardemment une femme poilless. Il n'y rien de plus sexy qu'une femme qui te dit sensuellement à l'oreille : « Je viens de me faire brazilian-waxer. » Bon ok, ça ne sonne pas très bien, mais lorsqu'elle te fait toucher en même temps, ça a son effet.
 

Il reste que malgré tout cela, je n'arrive toujours pas à me convaincre de tout arracher sur mon corps à moi. Peut-être à cause du prix, peut-être par paresse. En tout cas, j'aurai une bonne avance pour le movember de chest.