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Paul Ahmarani: l'homme au centre de l'univers dans Exécuteur 14


Exécuteur 14 est le titre de la nouvelle pièce de théâtre de l’auteur égyptien Adel Hakim, qui sera présentée à l’Usine C du 2 au 13 novembre. Chargée d’existentialisme et poignante à souhait, cette pièce, dirigée par le regard scrutateur et expert du metteur en scène Peter Batakliev, met en avant-plan un homme au cœur blessé, laissé seul à son sort tragique, dans un décor de guerre où d’exécrables atrocités ont précédemment eu lieu. Entretien éclair avec la vedette d’Exécuteur 14, le comédien Paul Ahmarani.


Qu’est-ce qui a motivé ton choix d’obtenir le rôle dans la pièce de Peter Batakliev?
Sans aucun doute le désir de travailler en tant que comédien avec Peter Batakliev. Je l’ai rencontré en 2003 au Théâtre Quat’Sous et j’ai beaucoup aimé son travail. Mais il y a aussi le défi personnel de jouer seul sur une scène qui est entré en ligne de compte. Exécuteur 14 est une pièce qui traite d’un sujet très important, la guerre civile. Il faut donc offrir une prestation solo très dense et tenir des propos très intenses. En fait, l’objectif, c’est de transporter une parole extrême et des commentaires d’une intensité sidérante sur la guerre civile. C’est heavy en soi.


As-tu été séduit par le sujet de la pièce ou, au contraire, l’as-tu interprété comme un défi personnel?
Les deux. J’ai d’abord été séduit par le propos. Il n’y a pas de pire catastrophe que la guerre civile, car ce sont des gens ordinaires qui se battent avec des gens ordinaires. C’est la haine à l’état brut. Tu te bas contre tes voisins. C’est l’être humain à son pire. Ce sont les tragédies les plus horribles. Si l’on pense à ce qui se passe au Liban, en Palestine, ou en Tchétchénie, c’est vraiment un propos actuel qui se dégage de la pièce. J’interprète un personnage qui est la victime et le bourreau. Le personnage est assez all dressed. Mais oui, en effet, cette pièce représente un but personnel. C’est un panorama de l’horreur. C’est sûr que le message intrinsèque va de soi: rendre la chose vraie, visible, touchante, et ce, avec la plus grande véracité. La langue utilisée apporte un aspect poétique au texte. C’est un langage particulier.


Quel impact crois-tu qu’une telle pièce puisse avoir sur l’homme moderne du XXIe siècle?
Mon Dieu, on espère toujours que les œuvres que l’on joue soient assez vibrantes pour ouvrir les yeux des gens, pour leur faire comprendre ce qu’un personnage vit en tant que témoin de la guerre. Tu espères qu'à travers la poésie on va aller chercher leur âme en plus de leur intellect. L’idée, c’est de toucher le public de façon inconsciente, car les gens, à travers l’art, deviennent plus humains. C’est sensibiliser le spectateur à la proximité de la guerre, car il ne faut jamais oublier que ça peut arriver. C’est faire toucher aux gens du bout du doigt le racisme latent. Dans une société multiethnique comme la nôtre, il y a plusieurs couches. Ça peut aller bien en surface, car le couvercle est sur la marmite, mais si les choses bouillent trop, ça va sauter, ça va déborder. Le but c’est d’arriver à faire des liens avec les spectateurs pour voir ce qu’ils feraient dans une situation désastreuse comme celle-là.


Est-ce un tour de force pour un comédien d’incarner seul un rôle aussi dramatique?
Oui, une grosse job. La demande est large, le contrat est gros. Faut que tu saches ce que tu fais et que tu sois bien dirigé, d’où l’importance d’avoir un excellent metteur en scène. C’est d’être capable de rendre au théâtre ce qui est sur papier. Il faut surprendre le spectateur.


Si tu étais le personnage de la pièce
Exécuteur 14, aurais-tu espoir d’un monde meilleur? Le personnage est complètement brûlé. Il a vécu un grand traumatisme, a vu tout le monde qu’il aimait se faire massacrer. À ce stade-là, t’es rendu déshumanisé. Mais à mon avis, il y a toujours une place pour l’espoir.


Que dirais-tu au public québécois pour les convaincre d’aller voir la pièce?
You’ll cry! L’histoire d’Adel Hakim est une œuvre qui a de la densité, qui est très pertinente dans le monde moderne où l’on vit. C’est aussi une pièce extrêmement dure. Il faut être prêt à vivre quelque chose de très intense. C’est un véritable moment d’acteur, touffu et complexe. Si j’ai un seul conseil à formuler, c’est celui-ci: courez voir la pièce Exécuteur 14. Il faut la voir pour le croire. C’est un moment fort et pertinent que vous ne regretterez pas.

 

Exécuteur 14
Du 2 au 13 novembre
Usine C | 1345, Lalonde | usine-c.com