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Gorillaz: un gros show de variétés

Pas pour rien que le prix des billets frisait les 100$. Pour la toute première tournée nord-américaine de son ambitieux projet Gorillaz, qui débutait au Centre Bell le 3 octobre, le leader Damon Albarn avait rassemblé tous les ingrédients nécessaires pour reproduire live les patchworks de collaborations que sont les trois albums de Gorillaz. Et même plus encore: les ex-Clash Mick Jones et Paul Simonon aux guitares et à la basse, un septuor à cordes, au moins une dizaine de musiciens et choristes additionnels, les chanteuses Yukimi Nagano (de Little Dragon) et Rosie Wilson, les rappeurs Bashy et Bootie Brown, un ensemble de musique syrienne, un écran géant pour projeter des animations mettant en vedette les «vrais» membres de Gorillaz, soit les personnages de BD de Jamie Hewlett…. Même De La Soul et Bobby Womack étaient de la partie, même s’ils ne figurent chacun que sur deux morceaux du répertoire joué en concert! Il n’y a pas à dire, Albarn s’est donné du mal.

Et ça donne quoi? Un show qui en met plein la vue, il va sans dire. Une succession ininterrompue d’invités à laquelle on n’assiste d’ordinaire que dans les galas. Et évidemment, des renditions on ne peut plus fidèles des chansons de Gorillaz, Demon Days et Plastic Beach.

Sauf que moi, les galas, les shows de variétés, ça m’indiffère. Tous ces moyens, cette mise en scène, ces accolades entre des musiciens faisant mine de se retrouver pour la première fois dégagent au final assez peu de chaleur. Donnez-moi des petits ensembles serrés, donnez-moi de la spontanéité et des dérapages, donnez-moi un show en forme d’escalade où on peut sentir une symbiose entre l’artiste et son public…

Pas que le show de Gorillaz soit du toc, au contraire. La matière est de premier ordre: les trois albums du projet regorgent de tubes. Albarn fait un chef d’orchestre passionné, surtout quand on l’a vu si effacé et indolent avec Blur. Il allait et venait entre le micro et son piano avec entrain, présentait morceaux et invités avec enthousiasme. L’heure et demie de la troupe sur scène a par ailleurs donné lieu à son lot de bons moments: la cocasse «Superfast Jellyfish», «Stylo» avec un Bobby Womack bien en voix, les accrocheuses «Dirty Harry» et «DARE», sans oublier les plus connues «Feel Good Inc.» et «Clint Eastwood» en rappel… Difficile de ne pas sourire.

Mais au final, on avait quand même l’impression d’avoir regardé un show de variétés. Ce qui ne veut pas dire qu’Alabarn s’y est mal pris pour donner vie à son projet sur scène. Juste qu’un tel projet ne peut vraisemblablement rimer avec chaleur, imprévus et intimité.

Les tenants du côté plus glam de Gorillaz ont sûrement pris leur pied. Mais en ce qui me concerne, c’est encore lorsqu’Albarn chante seul «Last Living Souls» ou «On Melancholy Hill» que j’apprécie pleinement Gorillaz. C’est son timbre mélancolique qui donne tout le cachet à ses chansons, pas ses hordes d’invités.

Avec tout ce qu’il a endisqué depuis la fin de Blur, le chanteur pourrait très bien se permettre de tourner en solo avec un plus petit groupe pour interpréter un assortiment de pièces de Gorillaz, The Good, The Bad & the Queen, et pourquoi pas aussi de Blur… Voilà qui donnerait sûrement lieu à quelque chose de plus humain et vibrant.