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Osheaga: du lisse et du muscle

Crédit photo : Yanique Fillion Simard
Osheaga: du lisse et du muscle

Une autre édition d’Osheaga derrière nous. Devant la programmation robuste de cette cinquième année, les attentes étaient hautes. Les deux journées de musique du 31 juillet et du 1er août les ont-elles comblées? De façon générale, on peut dire que oui, quoiqu’avec les bémols habituels.

Étrangement, comme l’an dernier, ces bémols étaient tous concentrés dans la journée du samedi. On entend par là cette forte concentration d’artistes plutôt convenus, tranquilles, grand public, semblant refléter davantage la liste des priorités du moment des compagnies de disque que les envies réelles de mélomanes.

Évidemment, à chacun sa conception d’Osheaga, mais en parlant avec les gens, ona l’impression que la plupart y vont avec l’envie d’en prendre plein la gueule. Retrouver ses artistes préférés, certes, mais aussi se faire brasser la cage quelque peu, faire des découvertes. Le festival parvient chaque année à induire une ambiance plutôt festive. L’alignement, en revanche, prend des airs un peu pépères par moments. Par exemple, que faire si on a envie de quelque chose d’un peu plus punché pendant que Stars murmure sur la scène principale? On a le choix entre Jamie Lidell et Avi Buffalo, un crooner funk et un auteur-compositeur indie-pop.

Entre les deux, j’ai choisi Lidell. Le type est charismatique, bien appuyé par trois musiciens polyvalents; il donne un concert coloré (moment fort: cette pièce jouée en solo aux machines, souvenir de son passé plus électro), mais ses compositions tombent souvent à plat.

La légende reggae Jimmy Cliff – un participant plus vintage comme le festival devrait en présenter davantage – a offert quelques bons moments, mais s’est malheureusement le plus souvent rangé du côté plus cheesy de son art. De plus, il a laissé de côté ses meilleurs morceaux en carrière («You can get it if you Really Want» et «The Harder They Come»)… Impardonnable!

Les Japandroids ont mis un peu de piquant dans l’après-midi avec leur rock sans basse débraillé, livré avec énergie, mais comme Jamie Lidell, la démarche prend le pas sur le résultat: leurs compositions ne lèvent jamais complètement.

Si sa proximité de la Scène Verte, toute au fond du site, voilait parfois un peu trop le son des concerts qui s’y déroulaient, l’inclusion de la scène du Piknic Électronik au festival offrait d’agréables moments de diversion tout en bass: Mary-Ann Hobbs, Hovatron et Lazer Sword permettaient de se laver les oreilles du pop-rock environnant, via un système de son top niveau. 

Beach House en plein soleil (fut-il couchant), c’était un peu surréel, mais pas désagréable. Avec ses ballades funestes, le duo-devenu-trio n’avait rien pour faire grimper le tempo moyen de cette journée, mais offrait tout de même un certain mordant peu entendu jusque-là. La chanteuse et claviériste Victoria Legrand était en voix et en forme: la torpeur des morceaux ne l’a pas empêché de passer les dernières minutes de sa prestation à «headbanger» comme un chanteur de doom métal!

Histoire d’être bien placé pour Arcade Fire, j’ai opté pour le concert de The National au lieu de la plus pétillante Robyn. Rien à faire, je n’arrive toujours pas à comprendre l’amour grandissant du public pour le rock théâtral et chiqué des ténébreux New-Yorkais. Soit, ces derniers livrent sur scène une version beaucoup plus cinglante et intense de leur matériel. Mais le chanteur Matt Berninger aura beau crier et jeter des micros par terre, son chant maniéré et son air faussement possédé lui donnent un charisme complètement artificiel. Un flafla qui ne masque par ailleurs aucunement la grande pauvreté de la matière première. Sinueuses, sans relief, les chansons.

Tel que prévu, ce qui est venu après a complètement effacé les moments faibles de la journée. Arcade Fire, qu’on n’avait jamais vu sous un jour aussi rock, a livré le meilleur de son nouvel album, The Suburbs, ainsi que ses classiques avec aplomb, ainsi qu’une force et une justesse étonnantes.

Après «Ready to Start», un des moments forts du nouvel album, le septuor a mis les fans dans sa poche en enfilant les plus connues «Neighborhood #2», «No Cars Go» et «Haïti», puis la nouvelle «Empty Room». Un segment avec les amplis dans le tapis et quelques élans de feedback tout à fait bienvenus.

Passage plus mollo avec «Intervention», «Rococo» et «Crown of Love», puis derniers tiers plus «gros», ampoulé et typique du groupe, avec «Neighborhood #3 (Power Out)», «Rebellion (Lies)», et «Half Light II (No Celebration)», pimenté de la punky Month of May.

En rappel, les vrais gros canons: «Neighborhood #1», l’excellente «Sprawl II» (le moment dance années 80 de The Suburbs, qui semble diviser les fans mais joue sans relâche dans mon salon) et, évidemment, la grandiloquente «Wake up». Il va sans dire que son refrain, entonné en chœur par les milliers de personnes massées au Parc Jean-Drapeau, prenait soudainement un air beaucoup plus imposant.

Bref, un des très bons moments qu’Arcade Fire a donné aux Montréalais. Entre les chansons, le groupe s’est montré humble, sans chichi. La chanteuse et multi-instrumentiste Régine Chassagne a surpris. Elle qui a déjà éprouvé des problèmes à garder un ton juste semble désormais beaucoup plus en contrôle au micro.

Jour deux, c’est mieux
Comme l’an dernier, donc, la journée du dimanche s’est avérée beaucoup plus rythmée et excitante. Aussi minimaliste soit-il, le blues-trash survolté des Black Keys n’a eu aucune difficulté à remplir l’espace principal du site, sur la grosse scène de gauche. Contrairement au matériel solo du chanteur et guitariste Dan Auerbach, cependant, les pièces du duo sont plutôt redondantes.

Départ à mi-parcours pour changer de climat avec le trio new-yorkais The Antlers, qui donne dans un art-rock langoureux, hélas plus intéressant sur disque que live. Sans la dimension studio, ses ballades se fondent quelque peu dans la masse du «rock beau» post-Radiohead.

Regain d’énergie avec We are Wolves, égaux à eux-mêmes, puis avec Snoop Dogg, dont la présence apportait un peu de diversité. Le géant rap a assuré avec simplicité et efficacité. Devant lui, un parterre rempli à craquer d’autant de mordus, là pour célébrer chaque rime, que de curieux souhaitant rigoler un bon coup de ses techniques de séduction si caractéristiques. Avec Snoop, une réaction n’empêche pas l’autre.

Le Jon Spencer Blues Explosion a semblé avoir pris un coup de vieux. Effets du temps ou afflux de compétition dans le domaine du blues-punk sans basse depuis ses belles années? Cela dit, le trio a décapé quand même. Il remporte assurément la palme de la prestation la plus assourdissante du festival. Ensuite, repas tranquille sur la bute au son de Sonic Youth et de Metric, eux aussi égaux à eux-mêmes (c’est Sonic Youth qui a remplacé l’absent Deadmau5 sur la scène principale… rien pour décevoir). J’ai beau m’être lassé de Metric avec le temps, le quatuor a un sacré nombre de tubes dans sa manche… Assez pour faire redémarrer le cou à mi-parcours.

Après un moment avec les piliers new-wave Devo, toujours pertinents et énergiques après presque 40 ans de métier, LA grosse surprise de la journée est arrivée en dernier, avec Weezer, sur la scène principale. On n’attendait pourtant rien d’eux. Mais le groupe qu’on a vu dimanche n’avait rien à voir avec celui, blasé et fini, qui se traînait les pieds sur la scène du stade Uniprix, en 2005, à coup de ballades platissimes.

Cette fois, le groupe s’est vraiment concentré sur ses hits à travers une prestation énergique, bien sentie et rassembleuse. Les plus jeunes fans ont eu leurs «Troublemaker», «Perfect Situation», «Island in the Sun», «Can’t Stop Partying», tandis que les plus vieux (bonjour) ont eu leurs «Undone (The Sweater Song)», «El Scorcho», «My Name is Jonas» et même, moment inattendu, «Surf Wax America».

La présence de Rivers Cuomo, un temps assez effacé sur scène, était encore plus surprenante que le répertoire: survolté, le chanteur allait et venait dans la foule (au grand dam de la sécurité), grimpait partout sur scène, s’acharnait à démolir un pauvre ukulélé… Une finale idéale!