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Benjamin Klein: l’audace d’une ville et de ses artistes célébrée avec Peinture Extrême


Assis café glacé à la main au Cagibi, en plein Mile-End, Benjamin Klein dégage un sentiment d’urgence. Depuis l’automne dernier, il réunit, organise et conçoit un événement, un festival si vous voulez, sous l’étiquette de la peinture extrême. OK, le mot peut faire peur, comme cette musique de Slayer qui accompagne notre discussion. Mais le terme «extrême» a le mérite de prendre position, d’intriguer, de rappeler que la peinture n’a rien d’un art mort et stérile.


«C’est le galeriste René Blouin qui est arrivé avec cette idée de peinture extrême, rapporte Benjamin Klein. Il voulait exposer Kim Dorland, des peintures éclatées, voyantes, déjantées, extrêmes quoi. C’est à partir de ce moment-là que René a imaginé un événement plus grand que nature et qu’il m’a passé la puck pour que je mette tout en place.» Le résultat révèle une réelle communauté dans l’univers de l’art contemporain. Seize galeries acceptent de participer à l’événement, exposent et interprètent la thématique en peinture (évidemment), mais également en vidéo et en photo, l’histoire d’une semaine, d’un mois, d’un été.


«Dans le quadrilatère où nous nous trouvons, je connais une tonne d’artistes. Ce n’est évidemment pas de ça que Montréal manque.» On connaît la chanson. Montréal, la créative, Montréal, l’abordable au style de vie agréable. Mais Montréal n’est pas qu’un champ de roses. Là comme dans d’autres domaines, elle perd du terrain au profit de sa grande rivale de toujours… Toronto. «Il y a à Toronto beaucoup plus d’artistes de moins de trente ans qui gagnent bien leur vie. Ici, certains ont dix ans de plus et en arrachent encore, non par manque de talent, mais tout simplement parce qu’ils ne vivent pas dans la bonne ville. Je ne veux pas être alarmiste, mais si le marché ne bouge pas à Montréal, les artistes vont tout simplement déménager.»


Et la solution, c’est quoi? Créer un marché, un buzz à Montréal et hors Montréal. Gagner un nouveau public, des jeunes professionnels acheteurs d’art contemporain. «On a tout ici pour devenir un Berlin en Amérique. Il suffit d’activer les choses. À travers le pays, Montréal a bonne réputation depuis longtemps, grâce au Refus global, à des peintres comme Riopelle, Marcelle Ferron, Guido Molinari, Claude Tousignant. Il n’y avait rien de tel dans le reste du Canada dans les années 50, 60 et 70. Mais actuellement, le vent tourne, et Toronto sent qu’il gagne de plus en plus de terrain.»


Là est l’objectif de l’événement Peinture Extrême, qui remet en avant un médium que certains avaient un jour déclaré mort. Un exemple à retenir est celui de Charles Saatchi, ancien publicitaire de Londres, qui a créé dans les années 90 tout un engouement autour de jeunes artistes britanniques, nommés Young British Artists, une nouvelle vague créée de toutes pièces grâce à des soirées évènements. Aujourd’hui, Damien Hirst et ses comparses vendent certaines de leurs pièces pour des millions de dollars dans les encans de Sotheby’s.


Pour réveiller sa ville, Klein a un exemple frappant en tête, celui de Peter Doig, né en Écosse, élevé au Canada, ancien résident de Montréal. «C’est aujourd’hui l’un des peintres les plus connus et les plus chers de la planète. Il a exposé en 1989 à la galerie Articule sur la rue Fairmount. Puisqu’il n’arrivait pas à vivre de son art à Montréal, il a déménagé à Londres où ses toiles sont vendues 10 millions de dollars. T’imagines l’argent qu’on aurait fait si on avait acheté une toile à l’époque?» L’art contemporain a ses extrêmes, comme ses petits secrets qui ne demandent qu’à être découverts.



Peinture extrême | Été 2010
Galeries: D’Este, Division, Dominique Bouffard, Donald Browne, Han Art, Joyce Yahouda, Lilian Rodriguez, Orange, Pangée, Parisian Laundry, Projex-Mtl, Push, René Blouin, Roger Bellemare, Simon Blais, Trois Points.