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Devil Eyes: la chose

Devil Eyes – une bête féroce réincarnée en groupe – jette un sort vaudou «do it yourself» avec son premier album éponyme, paru en octobre dernier sous Signed by Force.

Le groupe dégage une fureur cohérente mais dévastatrice qui pourrait réveiller les morts. Ils prennent leurs démons par les cornes et dansent la valse avec, marchant au passage sur les orteils du hardcore, du garage punk, du blues et du noise japonais, détruisant en route tout ce qui se trouve sur leur chemin.

«On est une sorte de cellule de puissance qui condense son énergie dans une petite boule», explique la portion charme de Devil Eyes, Emilor (aussi du groupe Miss Fortune), devant un thé glacé, dans la cuisine de la résidence du Mile-End du groupe. La conversation avec Emilor, Matt Lee et Zen – le triumvirat responsable de cette proposition hérétique – est tout sauf terrifiante. Ils sont tout aussi plaisants et drôles hors de scène que dangereux et imprévisibles sur les planches.

Ils demeurent néanmoins surprenants. Par exemple, Matt Lee et Zen (qui ont formé le groupe en 2006) ont déjà joué ensemble dans des ensembles de musique Bollywood et reggae avant de ressentir ce besoin d’exorciser leurs démons via le rock. À l’occasion, leur clan inclut aussi un certain Bryan à la clarinette(!) ainsi qu’un MC du nom de Gooseball Brown, qu’on dit hautement instable et capable de livrer des surprises auxquelles même les membres du groupe ne s’attendent pas.

Rock maison
«Notre album ne carbure qu’au fiel», dit Matt Lee, décrivant l’enregistrement de leur album comme un tour de force de McGyver. Le trio a en effet dû faire avec les miettes d’équipement qu’il a pu rassembler, incluant «deux ordinateurs merdiques avec deux cartes de sons séparées, que nous activions en frappant sur un mur avec un morceau de 2x4» ainsi qu’une menace d’électrocution constante.

Aussi glorieuse qu’elle puisse sembler, cette méthode n’avait rien d’un choix. «Il n’y avait aucune intention lo-fi. Nous ne basons pas notre musique sur cette esthétique», précise Matt Lee. «Nous voulons juste être orageux». La nécessité, dans ce cas-ci, a été la mère de l’intention et a produit un album rock aussi sale que brillant. L’orage survient bel et bien quand le fiel se mêle à la passion, la créativité et l’intégrité.

«Nous ne nous permettons aucun confort», souligne Matt Lee, à qui il arrive à l’occasion de fouetter, trouer à la perceuse ou simplement de démolir une guitare ou trois. «C’est comme une molécule instable, qui est intéressante tant et aussi longtemps qu’elle continue de bouger». L’univers rebelle né de la création apocalyptique de Devil Eyes est peut-être instable, mais il ne s’agit pas non plus de chaos total. «Nous sommes tout à fait sérieux et dévoués à peaufiner notre petit monde. Il n’y a rien de complètement accidentel», atteste Matt Lee. «Nous passons beaucoup de temps à travailler dessus.»

Comme le hardcore de NoMeansNo, l’univers musical de Devil Eyes est modelé avec intelligence, esprit ludique et un humour noir. Les membres ne se prosternent pas à l’autel des Dieux rock bébêtes ni celui de la célébrité. Ils se servent de ce qui les entoure pour produire une musique intelligente et intense qui touche le monstre en chacun de nous. Le rock, de toute façon, n’est pas censé être la musique du diable?

27 avril
Green Room
| 5386, Saint-Laurent
avec Harlem
www.myspace.com/wehavedevileyes